The Night of the Hunter
Vu
7 mai 2025 – À domicile
Année
1955
Réalisation
Charles Laughton
Production
United Artists
Casting
R.Mitchum, S.Winters, L.Gish, J.Gleason, B.Chapin
La nuit, les monstres prient
Sorti en 1955 dans l’indifférence générale, The Night of the Hunter de Charles Laughton est aujourd’hui considéré comme un monument du cinéma. Unique réalisation du comédien britannique, ce film inclassable mêle l’expressionnisme allemand, le thriller gothique et la fable biblique dans une composition visuelle et narrative sans équivalent. Le film impressionne par sa puissance esthétique, la performance inoubliable de Robert Mitchum et la richesse symbolique d’une œuvre que le temps n’a cessé de réhabiliter.
Au centre de l’intrigue, le personnage de Harry Powell, faux prêcheur et véritable tueur en série, incarne une terreur biblique, misogyne et infantilisante, traquant deux enfants pour retrouver un butin caché. Sa silhouette dominatrice, ses mains tatouées des mots LOVE et HATE, sa voix grave et son fanatisme religieux forment une figure du Mal devenue iconique, inspirant Spike Lee, Scorsese, les frères Coen et même Les Simpson. Mitchum livre une performance aussi glaçante que magnétique, évoquant tour à tour le croquemitaine, Barbe-Bleue et un père fouettard au sourire carnassier.

Sur le plan formel, l’esthétique expressionniste de Laughton s’impose avec une force saisissante. Inspiré par Le Cabinet du Dr Caligari, le réalisateur façonne un univers d’ombres et de lumières où chaque plan devient tableau. Stanley Cortez, directeur de la photographie, compose une iconographie quasi biblique: silhouettes découpées dans la nuit, compositions géométriques, contrastes violents entre l’innocence diurne et la menace nocturne. La scène de la rivière, où les enfants fuient en barque sous la lune pendant que Pearl chante, est un sommet poétique et visuel, entre cauchemar éveillé et rêve mystique.
Le film frappe également par sa tonalité ambivalente: il navigue entre l’horreur psychologique, la satire religieuse et le conte de fées cruel. Laughton lui-même le décrivait comme un « conte cauchemardesque » – étrange et enfantin, mais traversé par une violence sourde, une sexualité refoulée et une profonde critique sociale. Le film fascine par sa capacité à évoquer simultanément un rêve réprimé et une mémoire d’enfance, oscillant entre onirisme et traumatisme. L’ambiance du film joue avec les archétypes – le bien, le mal, l’innocence, la corruption – pour troubler la perception du spectateur et le confronter à une fable morale sans échappatoire.

Si le film fut un échec à sa sortie – ce qui dissuada Laughton de poursuivre une carrière de réalisateur – sa postérité est immense. Grâce à des restaurations minutieuses et à un travail critique tardif mais passionné, The Night of the Hunter est désormais perçu comme un chef-d’œuvre précurseur, dont l’étrangeté visuelle, la portée symbolique et la maîtrise du langage cinématographique continuent de fasciner critiques et cinéastes.
Si vous avez aimé : The Devil All the Time (2020), There Will Be Blood (2007), Badlands (1973), Cape Fear (1962), To Kill a Mockingbird (1962), Psycho (1960)

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