September Says
Vu
1 mai 2025 – Churchill (Liège)
Année
2025
Réalisation
Ariane Labed
Production
Mubi
Casting
R.Thakrar, M.Tharia, P.Kann
L’étrangeté à moitié assumée
Il arrive qu’un film parvienne à intriguer dès les premières images, à éveiller un trouble diffus, à faire espérer une montée en tension qui mènerait vers une révélation poignante. September Says, premier long métrage d’Ariane Labed, appartient à cette catégorie d’œuvres qui commencent fort, dérangent, mais peinent à tenir la promesse d’un véritable basculement narratif. Inspirée du roman Sisters de Daisy Johnson, cette adaptation gothique moderne explore la relation fusionnelle — et toxique — de deux sœurs adolescentes isolées du monde. Une proposition audacieuse, mais inaboutie.
September et July, interprétées par Pascale Kann et Mia Tharia, vivent dans un monde clos, fait de rituels étranges, de défis implicites et de langages codés. L’une domine, l’autre suit, jusqu’à l’étouffement. Lorsque leur comportement devient ingérable à l’école, leur mère, Sheela (Rakhee Thakrar), artiste bohème et distante, décide de les emmener dans un cottage reculé en Irlande rurale. Là, dans un cadre propice à l’enfermement psychologique, la dynamique entre les sœurs s’intensifie et vire lentement au cauchemar.
Le film s’appuie sur une esthétique austère et stylisée: lumière naturelle, mouvements de caméra restreints, sons concrets utilisés comme bande sonore. Cette approche, minimaliste à l’extrême, renforce l’étrangeté du récit mais finit par desservir la narration. L’absence quasi totale de musique — choix artistique assumé — ne parvient pas à instaurer une tension palpable. Le silence, au lieu d’opprimer, lasse, et l’immersion promise se dilue dans une lenteur monotone.

Labed joue de références assumées: The Shining, The Haunting of Hill House, ou encore la Greek Weird Wave dont elle est issue. Si ces clins d’œil offrent un cadre théorique stimulant, ils ne suffisent pas à masquer l’impression que quelque chose s’est perdu dans la traduction, tant narrative que géographique. Le film, coproduction internationale, oscille entre les paysages irlandais, les accents britanniques, et une certaine indécision culturelle qui nuit à sa cohérence.
La dynamique entre les deux sœurs reste pourtant l’élément le plus réussi du film. L’ambiguïté des intentions, la dépendance affective, le jeu cruel du pouvoir sororal: tout cela est saisi avec justesse. Certaines scènes, comme cette altercation à l’école suivie d’un baiser protecteur, laissent entrevoir la complexité du lien. Mais ces moments de tension sont trop espacés, trop isolés, et l’intrigue peine à se construire autour d’eux. Ce n’est qu’au terme du récit que le film livre un rebondissement troublant — trop tard pour sauver le rythme ou susciter un véritable bouleversement.

Les interprètes portent à bout de bras cette atmosphère nébuleuse. Mia Tharia et Pascale Kann incarnent leurs rôles avec un mélange de fragilité et d’étrangeté convaincant. Elles parviennent à faire exister leurs personnages dans ce théâtre figé, à insuffler une forme d’humanité dans un cadre presque irréel. Rakhee Thakrar, dans le rôle de la mère désabusée, complète avec sobriété ce tableau familial dérangé.
Mais à trop vouloir suggérer, September Says finit par ne plus dire grand-chose. Le film aligne des scènes insolites sans toujours parvenir à leur donner un sens ou une portée émotionnelle suffisante. Le malaise ne se transforme jamais en vertige. Ce qui aurait pu être une plongée dérangeante dans l’obsession sororale devient un exercice de style trop calculé, qui se regarde faire.
Au final, September Says intrigue sans captiver, perturbe sans déranger, et déçoit là où il promettait de transgresser. Ariane Labed signe un premier film ambitieux, mais froid, qui fascine autant qu’il frustre — une œuvre qui effleure les ténèbres sans oser s’y abandonner.
Si vous avez aimé : The Silent Twins (2022), Blue My Mind (2017), Heavenly Creatures (1994), The Reflecting Skin (1990), Cría Cuervos (1976), Persona (1966)

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