Warfare
Vu
28 avril 2025 – Sauvenière (Liège)
Année
2025
Réalisation
Alex Garland
Production
A24
Casting
D.Woon-A-Tai, W.Poulter, C.Jarvis, J.Quinn, C.Melton, K.Connor
Hurlements, souffle et silence – La bande-son de l’enfer
Avec Warfare, Alex Garland et Ray Mendoza signent une œuvre coup-de-poing, immersive et radicalement épurée, qui repousse les limites du cinéma de guerre contemporain. Inspiré d’une mission réelle en Irak en 2006 et construit à partir des souvenirs croisés de vétérans, ce film en temps réel de 90 minutes ne raconte pas tant une histoire qu’il ne fait ressentir, presque physiquement, la violence d’un assaut.
Pas de flashback, pas de musique héroïque, pas de développement psychologique. Ici, l’ennemi n’a pas de visage, la mission n’a pas de gloire, et les soldats sont de simples rouages dans une mécanique militaire implacable. Dès les premières minutes, l’atmosphère est posée: prise de position, infiltration brutale, montée en tension, puis explosion. Au cœur de la ville irakienne de Ramadi, un groupe de Navy SEAL se retrouve piégé, encerclé et plongé dans un engrenage de feu et de sang.

La grande force de Warfare réside dans son approche sensorielle. Le spectateur n’observe pas, il subit. Le son, traité comme un personnage à part entière, écrase, assourdit, déchire. Chaque souffle, chaque hurlement, chaque déflagration plonge la salle dans une transe anxiogène. Rarement le cinéma aura si puissamment évoqué la confusion d’un champ de bataille. Les hurlements déchirants de Joseph Quinn, la respiration saccadée de soldats acculés, les silences lourds après les explosions: autant de détails sonores qui transforment la séance en expérience sensorielle brute.
La mise en scène s’inscrit dans une tradition réaliste proche du docudrame. L’absence d’explication, de contexte politique, ou de regard sur « l’arrière » renforce l’effet de vertige. Il ne s’agit pas de comprendre, encore moins de juger, mais de vivre. Les dialogues, réduits à des codes militaires, laissent peu de place à l’émotion verbale ; l’expression passe par les corps, les regards, les blessures.

Portée par une distribution intense — D’Pharaoh Woon-A-Tai en opérateur radio incarnant Mendoza, Will Poulter en commandant stoïque, Charles Melton ou Cosmo Jarvis en soldats exténués — la tension dramatique ne faiblit jamais. Chaque visage porte la peur, l’épuisement, la résignation.
Warfare s’inscrit dans la lignée des grandes œuvres antimilitaristes. S’il évite tout commentaire explicite sur le conflit irakien, son regard porté sur les civils, ses scènes d’une brutalité nue et sa mise à distance de toute glorification militaire imposent une lecture claire: celle d’un film profondément anti-guerre. Comme Come and See ou All Quiet on the Western Front, il refuse les illusions et confronte l’audience à l’absurdité du carnage.
En choisissant la sécheresse du réel plutôt que les artifices de la fiction, Warfare interroge le rôle du cinéma lui-même. Non pas divertir, ni même raconter, mais faire ressentir. Jusqu’à l’insupportable.
Si vous avez aimé : The Outpost (2020), American Sniper (2014), Jarhead (2005), Black Hawk Down (2001), Bravo Two Zero (1999)

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