Joika
Vu
30 avril 2025 – Churchill (Liège)
Année
2023
Réalisation
James Napier Robertson
Production
Paradiso Films
Casting
T.Ryder, D.Kruger, O.Ivenko
Bolchoï – Beauté à haut risque
Joika, de James Napier Robertson, s’impose comme une œuvre saisissante sur le prix de l’excellence dans le monde du ballet. Inspiré du parcours réel de Joy Womack, première Américaine diplômée du programme de formation du Bolchoï, ce biopic explore avec intensité la quête d’une jeune danseuse dans un univers aussi sublime que cruel.
Portée par une interprétation remarquable de Talia Ryder (actrice révélée, entre autres, dans The Sweet East), qui incarne Joy avec une force calme et une détermination sans faille, Joika plonge au cœur d’un parcours semé d’embûches. Dès son arrivée à Moscou, la jeune Texane se confronte à la rigueur impitoyable de l’Académie du Bolchoï. Loin de tout idéalisme, le film dépeint une institution dominée par des exigences inhumaines, où la beauté du geste dissimule une réalité faite de douleur, d’isolement et de contrôle. L’excellence s’y paie au prix fort: les blessures, la solitude et les humiliations font partie intégrante du quotidien.

La mise en scène évite les effets sensationnalistes et préfère la tension sourde à la surenchère dramatique. Diane Kruger, glaçante de maîtrise dans le rôle de l’instructrice Tatiyana, incarne à merveille la figure ambivalente du mentor autoritaire, redouté mais fascinant. La relation entre les deux femmes devient l’un des nerfs du récit, oscillant entre violence psychologique et exigence artistique.
Techniquement, le film est une réussite. Le travail du directeur de la photographie Tomasz Naumiuk confère à l’ensemble une tension visuelle rare, alternant entre la crasse étouffante des coulisses et la beauté presque irréelle des scènes de danse. Les plans serrés, les mouvements de caméra nerveux, les textures sonores – craquements, souffles, cliquetis – traduisent la violence du corps à l’œuvre derrière l’élégance du ballet.

Mais Joika va au-delà du simple portrait d’une vocation poussée à l’extrême. En filigrane, il évoque les mécanismes opaques d’un système artistique rongé par la politique et les abus de pouvoir. Le film suggère plus qu’il ne dénonce frontalement, laissant transparaître la souffrance silencieuse et les compromis intérieurs d’une héroïne en lutte avec elle-même autant qu’avec l’institution.
Certes, certaines scènes peuvent sembler répétitives, martelant la douleur au détriment de la nuance, mais cette insistance participe aussi à l’expérience immersive voulue par le réalisateur. Le spectateur ne regarde pas la danse: il la subit, l’endure et la vit. Et dans ce tourbillon de sang, de sueur et de silence, une question essentielle affleure: jusqu’où faut-il aller pour mériter le droit de rêver ?
Entre beauté foudroyante et chaos chorégraphié, Joika est un film qui marque, un ballet de lumière et d’ombre dont on ressort à la fois admiratif et bouleversé.

Si vous avez aimé : Tiny Pretty Things (2020), Polina, danser sa vie (2016), Black Swan (2010), Billy Elliot (2000), La Classe de danse (1977), The Red Shoes (1948)

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