The Last Showgirl
Vu
21 avril 2025 – Churchill (Liège)
Année
2024
Réalisation
Gia Coppola
Production
Roadside Attractions
Casting
P.Anderson, J.L.Curtis, K.Shipka, B.Song, D.Bautista
Dernier tour de piste d’une star vieillissante à Las Vegas
Dans The Last Showgirl, Gia Coppola (petite-fille de Francis Ford Coppola) nous emmène dans les coulisses ternies d’un Las Vegas en perte de vitesse, à travers le regard d’une danseuse en fin de parcours. Le film s’inscrit dans une tradition mélancolique du cinéma américain qui interroge la valeur des corps vieillis dans des industries obnubilées par la jeunesse. Mais si l’intention est louable et la forme soignée, l’émotion promise ne dépasse que rarement le voile scintillant des apparences.
Pamela Anderson incarne Shelly, ancienne star du Razzle Dazzle, une revue inspirée des grands spectacles burlesques parisiens. Pendant plus de trois décennies, elle a dansé chaque soir sur scène, auréolée de plumes, de strass et d’un sourire accroché comme un masque. Mais à 57 ans, son univers vacille. Le producteur du spectacle, Eddie — joué par un Dave Bautista étonnamment sobre — annonce que le rideau va bientôt tomber. À travers ce licenciement annoncé, c’est toute l’identité de Shelly qui s’effondre.
Coppola opte pour une mise en scène douce et désuète, presque feutrée, capturant l’ambiance fanée d’une ville elle-même à bout de souffle. Le choix du 16 mm confère une texture chaleureuse et rétro à l’image, renforçant cette impression de nostalgie doucement amère. Mais derrière cette esthétique soignée, le récit peine à se densifier. Le scénario survole les enjeux, préférant les expliciter dans des dialogues souvent trop appuyés plutôt que de les incarner pleinement à l’écran.

Shelly, pourtant, reste touchante. Anderson, dans un rôle à la frontière du méta-commentaire, donne chair à cette femme à la fois naïve et lucide, flamboyante et fatiguée. L’actrice, souvent cantonnée aux clichés, révèle ici une sincérité désarmante, qui rappelle les performances tardives de Marilyn Monroe ou le retour poignant de Demi Moore dans The Substance. La scène d’ouverture — une audition impitoyable où Shelly ment sur son âge — place d’emblée le film sous le signe de la désillusion et de la lutte pour exister dans un monde où l’on devient invisible passé un certain âge.
Les figures secondaires enrichissent discrètement l’univers: Annette, ancienne collègue devenue serveuse (Jamie Lee Curtis, impeccable de tendresse bourrue), ou les jeunes danseuses qui oscillent entre admiration et insouciance. Une belle idée traverse le film: celle de la troupe comme famille de substitution. Un lien suggéré avec justesse, bien que parfois rendu trop littéral par les dialogues.
Mais malgré sa galerie de personnages, The Last Showgirl reste un film plus atmosphérique que narratif. Le rythme, souvent languissant, freine l’engagement émotionnel. Les tentatives d’humour ou de grotesque peinent à trouver leur place, et les moments de grâce se fondent dans un ensemble un peu trop homogène. Gia Coppola esquisse un univers avec style, mais peine à le transcender, là où un cinéaste comme Sean Baker aurait su injecter davantage de rugosité et de tension sociale.

Il n’en reste pas moins que le film touche à quelque chose de vrai, dans sa façon de montrer le prix à payer pour vivre sous le regard des autres. Ce regard masculin, qui a façonné le rêve de Shelly autant qu’il l’a emprisonnée, est ici exposé sans didactisme excessif. La scène finale, sur fond de nostalgie musicale, offre un moment suspendu, fragile, entre rêve et résignation.
The Last Showgirl est un film modeste mais sincère. Il parle de beauté fanée, de lumière artificielle, et du courage silencieux de celles qui dansent encore quand la musique s’arrête. Ni satire féroce ni drame déchirant, il s’inscrit quelque part entre les deux, comme un murmure dans un monde qui préfère les cris. Et parfois, c’est suffisant pour rester un peu dans les mémoires.
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