Mickey 17
Vu
12 avril 2025 – Au Sauvenière (Liège)
Année
2025
Réalisation
Bong Joon Ho
Production
Warner Bros. Pictures
Casting
R.Pattinson, N.Ackie, M.Ruffalo, T.Collette, A.Vartolomei
Une farce dans l’espace – Bong Joon-ho en roue libre
Avec Mickey 17, Bong Joon-ho poursuit son exploration des failles de l’humanité à travers les prismes du genre et de la satire. Adapté du roman d’Edward Ashton, ce nouveau film marque le retour du cinéaste sud-coréen à la science-fiction après Snowpiercer, tout en renouant avec l’absurdité douce-amère d’Okja et les envolées grotesques de The Host. Cette fois, le décor est une planète glacée nommée Nifelheim, théâtre d’une colonisation déshumanisée où un homme cloné en série devient malgré lui le révélateur d’un système pourri jusqu’à l’ADN.
Le concept est immédiatement intrigant: Mickey Barnes, un « Expendable », est un être sacrifiable, utilisé pour les missions les plus risquées d’une expédition humaine interstellaire. Chaque fois qu’il meurt, il est réimprimé à l’identique, souvenirs inclus. Problème : après un accident, Mickey 17 survit alors qu’un Mickey 18 a déjà été lancé, brisant une règle absolue du régime dictatorial en place. Ce point de départ, entre philosophie de l’identité, critique sociale et comédie existentielle, aurait pu donner lieu à une véritable réflexion sur la condition humaine. Hélas, Bong semble davantage intéressé par la farce que par la profondeur.

À la croisée de Moon, Starship Troopers et Edge of Tomorrow, le film brasse de nombreuses influences, sans toujours en tirer la moelle. L’univers visuel est soigné, les idées de mise en scène ne manquent pas, et certaines trouvailles — comme la matière organique recyclée pour fabriquer les corps clonés — témoignent encore du regard acide du réalisateur sur les dérives de la modernité. Mais les enjeux philosophiques de la duplication de soi, les dilemmes existentiels de Mickey ou les rapports entre doubles restent curieusement en surface.
Le casting, en revanche, est savoureux. Robert Pattinson incarne un Mickey passif-agressif, légèrement grognon, au charme bizarrement attendrissant. Sa performance, à la fois lunaire et attachante, capte toute la bizarrerie du projet. À ses côtés, Naomi Ackie insuffle un peu de tendresse dans cet univers glacial, tandis que Mark Ruffalo, dans un rôle de tyran grotesque aux accents trumpiens et mussoliniens, cabotine avec jubilation. Toni Collette, en épouse manipulatrice, apporte une dose de cruauté bon enfant à cet univers de marionnettes politiques.

Mais malgré son humour noir et sa mise en scène enjouée, Mickey 17 souffre d’un déséquilibre. Sa satire du colonialisme, du fascisme ou de la techno-élite manque de mordant: Bong semble recycler des motifs déjà explorés avec plus d’efficacité dans Snowpiercer ou Parasite. Le film opte pour un ton plus léger, parfois cartoonesque, qui désamorce toute charge dramatique ou émotionnelle. On rit parfois, on sourit souvent, mais on est rarement ébranlé. Les thématiques sérieuses sont effleurées, et les pistes narratives les plus prometteuses (la conscience du clone, la révolte intérieure, la rencontre des doubles) sont trop vite refermées.
Pour autant, difficile de bouder complètement ce spectacle absurde, malicieux et parfois brillamment inventif. Mickey 17 offre un miroir déformant de notre époque, avec ses élites déconnectées, ses rêves technologiques fous et ses petites gens sacrifiés dans l’ombre des grands projets. S’il n’égale ni la force tragique de The Host ni la virtuosité narrative de Parasite, le film reste une variation singulière sur l’aliénation moderne.
Avec sa science-fiction satirique sous acide, Bong Joon-ho signe une œuvre imparfaite mais ludique, parfois trop sage, parfois trop grotesque, mais toujours portée par un regard d’auteur. Un film de transition, peut-être, qui amuse plus qu’il ne dérange — et qui rappelle qu’entre comédie noire et désillusion cosmique, le cinéma de Bong est avant tout une affaire de style.

Si vous avez aimé : Dune (2021), Don’t Look Up (2021), Love, Death & Robots (2019), Okja (2017), Arrival (2016), Passengers (2016), Snowpiercer (2013), Gattaca (1997)

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