Oddity
Vu
6 mars 2025 – À domicile
Année
2024
Réalisation
Damian Mc Carthy
Production
Wildcard Distribution
Casting
C.Bracken, C.Menton, G.Lee, S.Wall
Une immersion terrifiante dans l’étrange
Dans le paysage du cinéma d’horreur contemporain, dominé par des productions interchangeables, Oddity se distingue comme une œuvre intrigante et habilement maîtrisée. Réalisé par Damian McCarthy, ce film irlandais propose une expérience viscérale où l’étrange et le surnaturel s’entrelacent avec une précision rare. Dès la scène d’ouverture, une tension sourde s’installe: Dani (Carolyn Bracken) se retrouve seule dans une maison isolée lorsqu’un inconnu frappe à sa porte, prétendant avoir vu un intrus s’introduire chez elle. Cette mise en bouche angoissante n’est que le prélude d’une descente aux enfers où les frontières entre le réel et l’occulte s’estompent.
Au cœur du récit, un cabinet de curiosités regorgeant d’objets maudits, tenu par Darcy, la sœur jumelle aveugle de Dani (également incarnée par Bracken). Un an après le meurtre brutal de cette dernière, Darcy rend visite à Ted (Gwilym Lee), l’ex-compagnon de Dani, qui a refait sa vie avec Yana (Caroline Menton). Mais elle n’arrive pas les mains vides: elle apporte avec elle un mannequin de bois grandeur nature, dont la présence lourde et menaçante devient l’un des éléments les plus marquants du film. Plus qu’un simple accessoire macabre, cette poupée hante les personnages comme le spectateur, distillant un malaise grandissant à chaque apparition.

Oddity puise son efficacité dans sa mise en scène maîtrisée. McCarthy excelle dans l’art du suspense minimaliste, préférant les détails troublants aux effets de terreur tapageurs. Contrairement à la saga The Conjuring, qui mise souvent sur des jumpscares bruyants, le film joue sur des frissons subtils: un objet déplacé imperceptiblement, une silhouette fugitive dans l’ombre, un silence trop pesant… Tout est conçu pour instiller une tension latente, qui culmine en des scènes d’horreur inattendues et percutantes.
La photographie soignée de Colm Hogan et la bande-son angoissante de Richard G. Mitchell renforcent cette atmosphère oppressante. Tourné en grande partie dans un seul lieu, Oddity parvient pourtant à créer une impression d’espace et de profondeur, déployant son horreur dans un cadre qui devient un véritable personnage du film. Chaque recoin de cette maison en rénovation semble habité par une présence malveillante, transformant l’espace domestique en un piège où rôde l’inconnu.
Le jeu des acteurs contribue également à l’immersion. Carolyn Bracken livre une interprétation magistrale dans son double rôle, incarnant avec brio deux sœurs aux personnalités opposées. Darcy, avec son attitude énigmatique et ses répliques acérées, intrigue autant qu’elle effraie. Loin des archétypes classiques du genre, ce personnage apporte une dimension psychologique qui enrichit l’intrigue.

L’un des aspects les plus fascinants du film réside dans son mélange des influences. Si son esthétique gothique et son décor hanté évoquent les classiques du genre, son approche narrative rappelle également la J-Horror*, avec une attention portée à l’inquiétante étrangeté et aux malédictions insidieuses. Mais au-delà de son aspect surnaturel, Oddity explore des thématiques plus profondes: la culpabilité, le poids du passé et la question du châtiment moral. Loin d’être un simple catalogue de frayeurs, le film insuffle une véritable âme à ses monstres et à ses mystères.
*La J-Horror désigne un sous-genre cinématographique japonais caractérisé par une atmosphère psychologique intense, souvent centrée sur des esprits, des malédictions et des phénomènes surnaturels. Ce genre se distingue par une approche subtile de la peur, utilisant des symboles culturels et des éléments traditionnels japonais pour susciter l’horreur.
Sans révolutionner le genre, Damian McCarthy confirme avec Oddity son talent de metteur en scène hors pair. En recyclant des éléments familiers avec une approche personnelle et inventive, il livre un thriller horrifique à la fois glaçant et captivant. Un film à ne pas manquer, surtout sur grand écran, où l’expérience immersive prend toute son ampleur.
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