The Brutalist

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« Peu importe ce que les autres essaient de vous vendre, c’est la destination, pas le voyage. »

The Brutalist, le dernier film de Brady Corbet, s’impose comme une fresque monumentale, à la fois intime et colossale. Ce drame de trois heures et demie suit le parcours de László Tóth, architecte juif hongrois et survivant de l’Holocauste, qui tente de se reconstruire en Amérique après la guerre. Une ambition que la terre promise ne facilite guère.

Dès les premières images, l’immersion est totale. L’introduction, filmée en VistaVision*, capte l’immensité du défi qui attend le protagoniste. Un navire accoste à New York, la Statue de la Liberté se déploie à l’envers, préfigurant la désillusion. Le rêve américain se transforme en un labyrinthe de compromis, où l’art et le capitalisme s’affrontent sans merci.

*Un format de film 35 mm qui se distingue par son orientation horizontale (contrairement à l’orientation verticale standard). Cette méthode permet d’obtenir une image plus large et une meilleure résolution, offrant ainsi une plus grande netteté et une réduction du grain.

L’esthétique brute du film révèle l’évolution d’un homme et d’une nation en mutation. L’arrivée de Tóth à Philadelphie, logé dans l’annexe exiguë du magasin de meubles de son cousin Attila, illustre l’accueil réservé aux immigrants. Lorsqu’un industriel influent, Harrison Lee Van Buren, lui confie la conception d’une bibliothèque, l’espoir renait. La relation entre ces deux hommes, fascinante et troublante, symbolise l’opposition entre la création pure et le pouvoir de l’argent. Van Buren, interprété par un Guy Pearce déroutant, oscille entre admiration et domination. L’édification d’un projet architectural pharaonique devient le terrain de jeu d’une lutte d’influence où l’idéalisme se heurte aux intérêts.

La mise en scène de Corbet capte avec maestria la grandeur et l’isolement. Le choix du brutalisme** traduit la rigidité des structures sociales et la solitude du protagoniste. Chaque cadre impose une présence imposante, notamment les scènes tournées dans les carrières de marbre de Carrare. La photographie de Lol Crawley accentue cette sensation d’enfermement, tandis que la bande-son étouffante de Daniel Blumberg enfonce le clou, entre rugissements sourds et mélodies poignantes.

**Un style architectural apparu dans les années 1950 et qui se caractérise par l’usage massif du béton brut et par des formes imposantes, souvent géométriques et monumentales.

Adrien Brody livre une performance magistrale en homme brisé, oscillant entre détermination et abandon. La tension est palpable: encensé pour son talent, mais rejeté pour son passé, Tóth est constamment en quête d’une légitimité inaccessible. Felicity Jones, dans le rôle d’Erzsébet, la femme de Tóth, apporte une profondeur mélancolique, tandis qu’Alessandro Nivola, en cousin assimilé, incarne le désir d’intégration à tout prix.

The Brutalist ne se contente pas de raconter une histoire, il observe et dissèque. Derrière la fresque historique se cache une critique féroce du rêve américain, rongé par l’obsession du profit. Une œuvre d’une ambition rare, à la fois immersive et vertigineuse, qui trouve sa place parmi les grandes fresques cinématographiques. Une expérience à vivre sur grand écran, tant pour sa puissance visuelle que pour son écho profond sur le monde contemporain.

Scénario
4/5

Acting
4.5/5

Image
5/5

Son
4.5/5

Note globale
90%

Brady Corbet signe avec The Brutalist un tableau intime et monumental retraçant le parcours d’un architecte hongrois rescapé de l’Holocauste, confronté aux désillusions du rêve américain. Le film déploie une mise en scène épurée où l’art et le pouvoir s’affrontent, sublimée par une esthétique brute et une tension omniprésente. Une œuvre ambitieuse qui interroge l’héritage, l’intégration et le prix de la création.

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