Queer
Vu
28 janvier 2025 – À domicile
Année
2024
Réalisation
Luca Guadagnino
Production
A24
Casting
D.Craig, D.Starkey, L.Manville
Les promesses d’un chef-d’œuvre inabouti
Avec Queer, Luca Guadagnino s’aventure sur un terrain glissant en adaptant le roman semi-autobiographique de William S. Burroughs. Ce projet audacieux, porté par Daniel Craig et Drew Starkey, promettait une exploration complexe du désir et de la marginalité dans le Mexico d’après-guerre. Pourtant, malgré des ambitions évidentes et un casting prestigieux, le film échoue à captiver, s’enlisant dans un récit confus et des choix stylistiques discutables.
Dès ses premiers instants, Queer pose une atmosphère chargée de mélancolie et d’errance. Daniel Craig incarne William Lee, un expatrié américain dépendant à l’alcool et à l’héroïne, qui traverse les rues de Mexico comme une âme en peine. Sa rencontre avec le jeune et mystérieux Eugene Allerton (Drew Starkey) déclenche une obsession ambiguë, oscillant entre attirance romantique et besoin désespéré de connexion. Si la première moitié du film intrigue par sa lenteur contemplative et ses portraits psychologiques, elle s’essouffle rapidement, alourdie par un scénario trop creux pour soutenir ses thématiques.

Le principal écueil de Queer réside dans son incapacité à transformer ses promesses initiales en une narration véritablement engageante. L’histoire de Lee et Allerton semble avancer sans direction claire, ponctuée de scènes de sexe explicites et de dialogues superficiels qui n’apportent rien au développement des personnages. La deuxième moitié, marquée par une dérive hallucinatoire autour de l’ayahuasca (préparation hallucinogène originaire d’Amérique du Sud), s’embourbe dans un surréalisme mal maîtrisé, dépourvu de la puissance visuelle ou émotionnelle nécessaire pour justifier sa longueur.
Malgré tout, les performances des acteurs parviennent parfois à sauver certains instants. Daniel Craig, bien que sous-utilisé, offre une interprétation nuancée de cet antihéros torturé, tandis que Drew Starkey insuffle à Allerton une aura énigmatique et distante qui sied parfaitement à son rôle. Mais ces éclats ne suffisent pas à compenser un scénario qui ne sait pas où il va. Les apparitions secondaires, comme celle de Lesley Manville en botaniste extravagante, apportent un bref souffle d’humour involontaire, mais renforcent également l’impression d’un film désordonné.

Visuellement, Guadagnino tente de retrouver l’esthétique riche et immersive qui avait fait le succès de Call Me By Your Name, mais le résultat manque ici de subtilité. Les décors mexicains et les jeux de lumière se perdent dans une obscurité pesante, reflétant davantage un manque de direction qu’un choix artistique maîtrisé. Cette lourdeur visuelle, combinée à une durée excessive de 137 minutes, transforme Queer en une expérience éprouvante, parfois proche de l’ennui.
En fin de compte, Queer s’apparente à une occasion manquée. Ce qui aurait pu être une plongée fascinante dans les obsessions de Burroughs et les complexités du désir se réduit à une exploration superficielle, dépourvue de véritable résonance. Guadagnino, connu pour sa sensibilité émotionnelle et son talent de conteur, semble ici à côté de son sujet, livrant un film qui hésite constamment entre provocation et introspection sans jamais trouver son équilibre.
Si Queer tentait de capturer les contradictions et les tourments de ses personnages, il ne fait que refléter ses propres hésitations. Un récit qui aurait pu marquer par sa profondeur se perd dans une confusion narrative, ne laissant au spectateur qu’une impression fugace de ce qu’il aurait pu être.
Si vous avez aimé : Call Me By Your Name (2017), The Lost City of Z (2016), Philadelphia (1993), Naked Lunch (1991), Death in Venice (1971), Midnight Cowboy (1969)

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