La Jeune Femme à l’aiguille
Vu
27 janvier 2025 – À domicile
Année
2024
Réalisation
Magnus von Horn
Production
Mubi
Casting
V.Carmen Sonne, T.Dyrholm, B.Zeciri
Dans les ténèbres de l’après-guerre – Une fable sur la souffrance et l’espoir
Dans les ruelles austères de Copenhague, en 1919, La Jeune Femme à l’aiguille de Magnus von Horn transporte le spectateur dans un univers où l’espoir vacille face à la dureté de l’existence. Inspiré de faits réels, ce drame macabre et captivant met en lumière l’histoire de Karoline, une couturière confrontée à des épreuves insoutenables, dans un monde où la pauvreté, la cruauté et l’indifférence règnent en maîtres.
Le film s’ouvre sur une ville marquée par les séquelles de la Première Guerre mondiale, où Karoline, magnifiquement incarnée par Vic Carmen Sonne, lutte pour survivre. Dépossédée de tout, elle navigue entre expulsions, promesses brisées et illusions d’une vie meilleure. La caméra de Michał Dymek, dans un noir et blanc expressionniste à la fois brutal et hypnotique, capte chaque nuance de cet univers déshumanisé, évoquant par moments les œuvres de Lynch ou les tableaux gothiques de Dreyer. La partition inquiétante de Frederikke Hoffmeier amplifie l’anxiété omniprésente, rendant chaque scène presque insoutenable.

À mesure que le récit progresse, les espoirs de Karoline se heurtent à une réalité implacable. Mariée à un homme défiguré revenu de la guerre, puis rejetée par la société pour avoir cherché refuge auprès d’un patron séduisant, son existence se réduit à une série de choix tragiques, où chaque décision semble précipiter un nouveau désastre. Lorsqu’elle rencontre Dagmar, interprétée avec une intensité glaçante par Trine Dyrholm, le récit prend une tournure encore plus sombre. Dagmar, figure à la fois maternelle et sinistre, dirige une opération clandestine d’adoption qui dissimule des pratiques effroyables.
Von Horn parvient, avec une maîtrise remarquable, à dépeindre cette descente aux enfers sans sombrer dans le sensationnalisme. La souffrance est filmée avec une certaine retenue, amplifiant ainsi son impact. Les performances des deux actrices principales jouent un rôle clé dans cette alchimie. Sonne incarne une Karoline à la fois forte et vulnérable, traversant un éventail d’émotions allant de l’espoir naïf à une douleur écrasante. Dyrholm, quant à elle, transforme Dagmar en un personnage complexe, ancré dans une logique troublante qui reflète les horreurs sociales et personnelles de l’époque.

En toile de fond, le film explore des thèmes universels: la maternité, la misère, et le poids insoutenable des attentes sociales. La double interprétation de l’histoire – à la fois comme un drame historique réaliste et une fable gothique – invite à réfléchir sur la manière dont les systèmes oppressifs transforment les individus en monstres ou en victimes. Malgré la noirceur omniprésente, von Horn insuffle au récit une lueur d’espoir, une note finale qui suggère qu’au-delà de la douleur, subsiste toujours la possibilité de rédemption.
La Jeune Femme à l’aiguille est une œuvre puissante et dérangeante, où l’art et le drame se rejoignent pour offrir une réflexion brutale mais nécessaire sur l’humanité. Sous ses airs de cauchemar fictif, ce film devient un miroir cruel de réalités historiques, tout en laissant entrevoir la lumière fragile de l’espoir.

Si vous avez aimé : The Nightingale (2018), Les Innocentes (2016), If These Walls Could Talk (1996), Fanny et Alexandre (1982), The Elephant Man (1980), Les Misérables (1935)

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