Maria
Vu
26 janvier 2024 – À domicile
Année
2024
Réalisation
Pablo Larrain
Production
Netflix
Casting
A.Jolie, P.Favino, A.Rohrwacher
Entre Glamour et Douleur – L’Hymne à Callas
Avec Maria, Pablo Larraín conclut sa trilogie consacrée à des figures féminines iconiques du XXe siècle, après Jackie et Spencer. Ce dernier opus plonge dans les derniers jours de la soprano américano-grecque Maria Callas, offrant une réflexion à la fois poignante et visuellement somptueuse sur une légende de l’opéra en déclin. Loin d’être un simple biopic, le film s’impose comme une œuvre de mémoire, à mi-chemin entre le récit introspectif et le portrait spectral.
Larraín choisit d’établir un contraste saisissant entre les scènes contemporaines, baignées de la chaleur automnale du Paris des années 1970, et les flashbacks en noir et blanc qui retracent les moments charnières de la vie de Callas. Ces souvenirs, capturés avec une élégance nostalgique par la cinématographie d’Ed Lachman, explorent la dualité entre le glamour et la douleur qui ont marqué l’existence de la diva. Ce jeu de couleurs et de temporalité reflète à merveille l’esprit tourmenté de Callas, une femme hantée par son passé tout en affrontant les limites imposées par son corps et sa voix déclinants.

Angelina Jolie livre une performance magistrale dans le rôle de Callas, capturant avec finesse son mélange de vulnérabilité et de grandeur. En représentant la lutte de l’artiste contre la perte de son principal moyen d’expression, Jolie navigue avec aisance entre des moments de fragilité émotionnelle et des éclats de défi. Les scènes de chant, dans lesquelles la voix de Callas se mêle subtilement à celle de Jolie, traduisent cette lutte avec une intensité palpable. L’attention portée à chaque détail — des expressions faciales aux costumes somptueux de Massimo Cantini Parrini — contribue à une interprétation à la fois intime et universelle.
La mise en scène de Larraín s’appuie sur une structure divisée en actes poétiques, à l’image d’un opéra. Cette approche accentue le caractère dramatique et symbolique du film, même si elle peut parfois sacrifier la profondeur narrative au profit d’une esthétique recherchée. En ce sens, Maria rappelle des œuvres comme Blonde d’Andrew Dominik, où le style prime souvent sur la substance. Toutefois, l’attention apportée aux personnages secondaires, tels que le majordome Ferruccio (Pierfrancesco Favino) et la femme de chambre Bruna (Alba Rohrwacher), ajoute une chaleur et une humanité qui ancrent le récit dans une réalité tangible.

Le thème central du film — la perte et le déclin — résonne à travers les images, le son et les silences. Les arias intemporelles de Callas, interprétées dans leur intégralité, ne sont pas seulement des performances musicales, mais des échos d’une époque révolue. Larraín, passionné d’opéra, transforme ces moments en véritables actes de générosité artistique, rapprochant ce genre souvent perçu comme élitiste de tous les spectateurs.
Dans Maria, l’art de l’opéra devient une métaphore de la condition humaine, de ses luttes, de ses triomphes et de ses pertes irréparables. En invitant les spectateurs à partager cet hommage empreint de tendresse, Larraín réussit à transcender le cadre d’un biopic traditionnel pour créer une œuvre universelle. Le film ne cherche pas à résoudre le mystère qu’était Maria Callas, mais plutôt à célébrer l’héritage d’une femme dont l’éclat continue de briller, même dans les ombres de son déclin. Une symphonie cinématographique qui résonne longtemps après le dernier acte.

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