A Real Pain
Vu
5 janvier 2025 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Jesse Eisenberg
Production
Searchlight Pictures
Casting
K.Culkin, J.Eisenberg, W.Sharpe
Quand l’émotion sonne faux !
Dans A Real Pain, Jesse Eisenberg livre un film oscillant entre comédie dramatique et exploration historique. En centrant son récit sur deux cousins antagonistes, Benji et David, interprétés respectivement par Kieran Culkin et Eisenberg lui-même, le film cherche à conjuguer dynamiques familiales complexes et réflexion sur l’héritage culturel et historique. Malheureusement, l’ensemble ne parvient ni à captiver ni à réellement émouvoir.
Le postulat de départ avait pourtant du potentiel: deux cousins que tout oppose se rendent en Pologne après le décès de leur grand-mère pour explorer leurs racines familiales et visiter des lieux chargés d’histoire, notamment le camp de concentration de Majdanek. Benji, caractère instable et émotionnellement à fleur de peau, se confronte à David, rigide et réfléchi. Ce duo mal assorti promettait une dynamique riche, mais les personnages stagnent tout au long du film. David reste enfermé dans son rôle de cousin responsable, tandis que Benji continue d’agir de manière impulsive sans qu’aucune évolution notable ne s’opère.

Le scénario souffre de son incapacité à donner de la profondeur à ses protagonistes ou à exploiter pleinement son contexte historique. La tentative d’entrelacer l’intimité des conflits familiaux avec la solennité de l’Holocauste crée une dissonance perturbante. Les débordements émotionnels de Benji, censés être poignants, se révèlent souvent irritants, et les moments où le film cherche à être grave tombent à plat en raison d’un manque de subtilité et de sincérité.
Par ailleurs, l’absence d’équilibre narratif laisse planer une ambiguïté sur l’intention du film: est-il une comédie excentrique ou une exploration introspective ? Les scènes de groupe avec les touristes – notamment Mark et Diane, anecdotiques, ou Eloge, un personnage pourtant intrigant interprété par Kurt Egyiawan – ajoutent une confusion supplémentaire. Will Sharpe, dans le rôle du guide britannique James, livre une belle performance, mais même lui ne peut résoudre le manque d’élan de l’intrigue.
La réalisation d’Eisenberg adopte un style minimaliste qui, s’il met en valeur la beauté des paysages polonais, manque de vigueur pour porter les enjeux dramatiques. Certaines scènes, comme la visite silencieuse du camp de concentration, parviennent à instaurer une poignée de moments empreints de gravité, mais ces instants ne suffisent pas à compenser les nombreuses maladresses narratives. Les dialogues souvent artificiels et les monologues forcés ajoutent une impression de faux semblant, empêchant une immersion réelle.

Malgré ses intentions louables, A Real Pain peine à transmettre une émotion authentique. Loin d’être intrinsèquement mauvais, le film se révèle tout simplement oubliable. Les performances de Culkin* et Eisenberg, bien qu’efficaces dans leurs archétypes habituels, manquent de nouveauté et n’offrent pas la complexité nécessaire pour captiver. Quant à la tentative de refléter la distance émotionnelle ressentie par la troisième génération face à l’Holocauste, elle s’éparpille et ne résonne qu’à peine.
*Performance pour laquelle Culkin a reçu le Golden Globe du « Meilleur Second rôle »
En somme, A Real Pain est une tentative ambitieuse mais mal exécutée. Il soulève des questions importantes sur l’héritage et la mémoire, mais son exécution maladroite et son ton incohérent limitent son impact. Un film qui, malheureusement, laisse le spectateur davantage frustré que réfléchi.
Si vous avez aimé : The Skeleton Twins (2014), The Savages (2007), The Squid and the Whale (2005), Sideways (2004)

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