Nosferatu
Vu
13 janvier 2025 – Caméo (Namur)
Année
2024
Réalisation
Robert Eggers
Production
Focus Features
Casting
B.Skarsgård, L-R.Depp, W.Dafoe, N.Hoult, E.Corrin
Le vampire réinventé, une fresque captivante signée Eggers
Depuis sa création en 1922 par F.W. Murnau, Nosferatu, Eine Symphonie des Grauens s’est imposé comme un joyau de l’expressionnisme allemand, inégalé par son atmosphère glaçante et son esthétique innovante. Cette adaptation non autorisée du Dracula de Bram Stoker, longtemps menacée d’extinction par des batailles juridiques, a survécu à l’épreuve du temps, marquant profondément l’histoire du cinéma. Plus d’un siècle plus tard, Robert Eggers s’empare de ce monument pour livrer une relecture audacieuse et personnelle, tout en rendant hommage à ses prédécesseurs.
Eggers, connu pour sa maîtrise visuelle et son obsession pour l’authenticité historique (The VVitch, The Lighthouse, The Northman), imprègne son Nosferatu d’un style unique. Le film transcende les simples codes du genre horrifique pour devenir une expérience artistique totale. La palette chromatique évolue selon les émotions et les lieux, alternant entre le sépia nostalgique des scènes familiales, les ténèbres saturées de mystère et des éclats de couleurs vives qui illuminent des moments clés. Cette alchimie visuelle, renforcée par des contrastes saisissants et une symétrie minutieusement orchestrée, plonge le spectateur dans une époque où la terre semble encore imprégnée de mythes et d’ombres inquiétantes.

L’histoire, fidèle à l’esprit du film de Murnau, suit Thomas Hutter, interprété avec justesse par Nicholas Hoult, un agent immobilier envoyé en Transylvanie pour conclure une vente avec le comte Orlok. Dès son arrivée, l’étrangeté du lieu et les comportements inquiétants de son hôte installent une atmosphère oppressante. L’attention d’Orlok se porte rapidement sur la jeune épouse de Hutter, Ellen, jouée avec intensité par Lily-Rose Depp. Contrairement aux représentations classiques de la jeune femme vulnérable, Ellen émerge ici comme une figure forte, complexe et féministe, guidée par une détermination singulière.

Au cœur de cette relecture, le comte Orlok, incarné magistralement par Bill Skarsgård, s’éloigne des clichés glamour des Dracula hollywoodiens pour adopter une aura inquiétante et animale. Inspiré par Vlad l’Empaleur, son apparence – entre ombre menaçante et humanité dérangeante – renouvelle l’image du vampire. La réalisation joue habilement avec les ombres et la lumière, maintenant une tension subtile et constante. Orlok, en proie à une obsession destructrice pour Ellen, illustre un désir dévorant qui transcende la simple horreur pour explorer les profondeurs de l’âme humaine.
Le film explore aussi les dynamiques des autres personnages, notamment Herr Knock, incarné par Simon McBurney, et le professeur Von Franz, interprété avec une excentricité mesurée par Willem Dafoe (Mais il est partout, celui-là !). Tous participent à tisser une fresque où l’horreur ne réside pas seulement dans les crocs d’un vampire, mais dans les méandres des désirs humains et les échos du passé.

L’un des atouts majeurs du film réside dans sa bande sonore, qui mêle musique et bruits du quotidien pour renforcer l’immersion. Les sons des sabots sur la terre, les murmures menaçants ou encore les chuchotements du vent participent à une expérience sensorielle captivante.
Avec Nosferatu, Robert Eggers ne se contente pas de réinventer un classique. Il offre une réflexion fascinante sur l’obsession, le sacrifice et l’éternelle lutte entre lumière et ténèbres. Chaque plan, chaque mouvement de caméra, chaque ombre témoigne d’une volonté artistique rare, où la précision historique et l’imaginaire fantastique se rejoignent pour créer un véritable chef-d’œuvre. Une œuvre d’art, à savourer comme un précieux élixir, rappelant que parfois, l’horreur naît autant du cœur humain que des créatures qui hantent nos cauchemars.
Si vous avez aimé : The Lighthouse (2019), Shadow of the Vampire (2000), Dracula (1992), The Hunger (1983), Possession (1981), Cries and Whispers (1972), The Queen of Spades (1949), Svengali (1931), Nosferatu (1922)

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