A Different Man
Vu
7 janvier 2025 – À domicile
Année
2024
Réalisation
Aaron Schimberg
Production
A24
Casting
S.Stan, A.Pearson, R.Reinsve
De bonnes performances tentent d’ancrer un scénario bâclé et un style trop familier dans cette comédie noire
Le cinéma d’Aaron Schimberg a souvent flirté avec les frontières du conventionnel, et A Different Man ne déroge pas à la règle. Ce film, qui aborde des thèmes profonds comme l’acceptation de soi et la perception extérieure, aurait pu être un joyau du cinéma indépendant. Malheureusement, sous ses ambitions narratives et esthétiques, il s’empêtre dans un mélange d’artifices et de maladresses qui étouffent son message.
L’histoire, pourtant, est engageante. Edward (Sebastian Stan) souffre de neurofibromatose, une maladie qui déforme son visage et le marginalise. En quête de normalité et d’amour, il tente un traitement expérimental pour guérir sa maladie. Si la transformation physique réussit, elle dévoile une vérité plus sombre: l’apparence n’est qu’un masque, et l’âme d’Edward reste marquée par une laideur morale. Cette prémisse aurait pu offrir une réflexion poignante sur l’identité et les relations humaines. Hélas, le film se perd dans sa mise en scène.
Schimberg semble vouloir critiquer les jugements superficiels en confrontant Edward à son propre rejet de lui-même. Pourtant, l’exécution manque d’authenticité. Les interactions entre les personnages sonnent faux, le jeu d’acteur oscille entre caricature et rigidité, et les dialogues, souvent laborieux, peinent à convaincre. Dès les premières scènes, où Edward participe à une vidéo de sensibilisation en entreprise, le ton est donné: maladresse et mise en scène exagérée dominent. Cette fausse note s’étend au reste du film, notamment dans les échanges avec ses voisins ou son médecin, où les dialogues paraissent forcés.

Lorsque Edward devient « Guy » après sa transformation, le récit prend une tournure plus chaotique. Ses décisions – mentir sur sa propre mort, s’inventer une nouvelle identité – illustrent son désir désespéré d’effacer son passé, mais elles manquent de logique narrative. Même les moments censés être symboliques, comme ses interactions avec Ingrid (Renate Reinsve) ou l’apparition d’Oswald (Adam Pearson, véritablement atteint de neurofibromatose), peinent à apporter la profondeur émotionnelle nécessaire.
Oswald, par contraste, incarne une vie pleine de résilience et de joie, mettant en lumière le décalage entre l’apparence et la véritable richesse intérieure. Sa présence devrait renforcer le message du film, mais elle est noyée dans une mer de distractions inutiles: des scènes absurdes, des personnages secondaires mal exploités et des choix stylistiques qui frôlent l’auto-parodie. Les détails, souvent surchargés ou hors de propos, détournent l’attention plutôt que d’enrichir le récit.

Techniquement, le film cherche à se démarquer avec un tournage en pellicule granuleuse, contrastant avec la netteté clinique de certaines séquences, comme la vidéo d’entreprise initiale. Si cette dualité visuelle fonctionne par moments, elle ne suffit pas à compenser les faiblesses émotionnelles et narratives.
Le troisième acte sombre dans une comédie noire, où les décisions d’Edward deviennent si absurdes qu’elles en perdent tout impact. La scène finale, où Edward tente désespérément de s’imposer dans la pièce inspirée de sa vie, clôt le récit sur une note de malaise plutôt que d’émotion.
En fin de compte, A Different Man souffre de son propre manque d’honnêteté. En s’égarant dans des artifices, il trahit son message central: la nécessité d’accepter qui l’on est. Ironiquement, ce film sur l’identité semble lui-même en quête de la sienne, échouant à marier intention et exécution.
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