Anora
Vu
24 décembre 2024 – À domicile
Année
2024
Réalisation
Sean Baker
Production
Neon
Casting
M.Madison, M.Eidelstein, Y.Borisov
Une fable sociale poignante sous des airs de comédie dramatique
Sean Baker, connu pour son regard acéré sur les marges de la société américaine, livre avec Anora un film audacieux et profondément humain. Présenté à Cannes 2024, le long-métrage a surpris en décrochant la Palme d’or. Bien que loin des thématiques sociales et politiques attendues, Baker transcende les attentes grâce à une approche brillante et décalée du genre tragicomique, insufflant fraîcheur et authenticité à une intrigue qui aurait pu sombrer dans les clichés.
Le film raconte l’histoire d’Ani, surnommée Anora, une strip-teaseuse et call-girl new-yorkaise interprétée par une éblouissante Mikey Madison. Sa rencontre avec Ivan (Mark Eydelshteyn), le fils insouciant d’un oligarque russe, marque le début d’une aventure haute en couleur. Ivan, amusant et insouciant, ne lésine pas sur les dépenses pour séduire Ani. Leur romance impulsive culmine dans un mariage à Las Vegas, un rêve éveillé bientôt confronté à la froide réalité. Les parents d’Ivan, horrifiés par l’idée qu’une « fille de plaisir » puisse avoir accès à leur fortune, envoient leurs hommes de main pour briser ce conte de fées moderne.

Malgré son cadre rocambolesque, Anora échappe à l’artifice hollywoodien pour offrir un portrait réaliste et nuancé. Baker évite les stéréotypes faciles: les mafieux russes, loin d’être des caricatures inhumaines, se révèlent réfléchis, presque sympathiques dans leur maladresse face à l’indomptable Ani. En revanche, Ivan incarne une jeunesse dorée irresponsable, pour qui tout est jeu et rien n’a de conséquences. Ani, quant à elle, oscille entre une façade de dureté et une vulnérabilité déchirante. C’est dans ces nuances que le film puise sa force émotionnelle, transformant une simple comédie en une véritable fable sociale.
Baker excelle également dans la mise en scène. Les scènes se déploient avec une lenteur calculée, permettant aux personnages de respirer et d’exister pleinement. Le spectateur est invité à s’investir davantage dans leurs émotions que dans l’intrigue. Cette approche rappelle l’indépendance et l’excentricité des œuvres de John Cassavetes, tout en insufflant une énergie contemporaine. Si la durée de 139 minutes peut sembler excessive, elle sert l’immersion dans cet univers complexe, où le néon des clubs new-yorkais contraste avec les ténèbres des bas-fonds et des relations humaines.

L’interprétation est l’un des points culminants du film. Mikey Madison brille dans un rôle exigeant, insufflant à Ani une complexité fascinante. Sous son masque de sarcasme et d’agressivité, elle révèle des failles qui bouleversent. Sa relation avec Ivan illustre le gouffre béant entre deux mondes: celui des riches pour qui tout est acquis, et celui des laissés-pour-compte qui n’ont rien à perdre. Dans l’opposition entre Ani et Ivan, Baker peint un tableau poignant des inégalités sociales et des dynamiques de pouvoir, faisant d’Anora une œuvre plus profonde qu’elle n’y paraît au premier abord.
Si certains ont jugé l’attribution de la Palme d’or exagérée, le film a gagné en impact au fil des mois. Ani, avec son mélange d’attitude et de fragilité, reste une figure mémorable. Anora est une exploration vibrante des relations humaines, un mélange de comédie et de tragédie où chaque personnage est à la fois coupable et victime. Avec ce septième long-métrage, Sean Baker confirme son talent unique pour mêler critique sociale et divertissement avec brio.
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