The Substance

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Pacte avec le diable

Se sentir écrasé par des standards de beauté inaccessibles et l’hyperfixation de la société sur la jeunesse n’est pas un phénomène nouveau. Mais The Substance de Coralie Fargeat aborde ces questions d’une manière aussi intrigante que dérangeante. Que le film ait remporté le prix du meilleur scénario à Cannes n’a finalement rien d’étonnant.

Elizabeth Sparkle (Demi Moore) a longtemps incarné le modèle de la femme parfaite à travers son émission de fitness, une star adulée, entourée de luxe et de célébrité. Mais, à 50 ans, la machine s’essouffle. Le studio décide qu’il est temps de la remplacer. Les téléspectateurs, dit-on, réclament du neuf. Mais tout le monde sait que ce « neuf » cache autre chose : l’âge d’Elizabeth. Dès les premières minutes, le ton est donné. Dans cet univers, les hommes tirent les ficelles et choisissent le moment où les femmes deviennent obsolètes. Dennis Quaid* incarne magistralement Harvey, un patron de studio cruel et manipulateur (Tiens, ça me rappelle vaguement quelqu’un!). Après avoir été mise à l’écart, Elizabeth découvre la « substance », une mystérieuse solution qui lui permet d’atteindre la meilleure version d’elle-même – à condition de respecter des règles strictes : une injection chaque semaine et l’échange constant entre son ancien et son nouveau moi. Mais le prix à payer est élevé.

*À l’origine, Ray Liotta devait incarner ce rôle avant de nous quitter tragiquement à 67 ans.

L’élégance de la mise en scène contraste avec la noirceur du propos. Le monde dans lequel évoluent Elizabeth et Sue (Margaret Qualley), la nouvelle version d’elle-même, semble tout droit sorti d’un rêve. Mais derrière cette surface idyllique, l’enjeu est clair: la société impose aux femmes des normes irréalistes de beauté et de féminité. L’opération qui transforme Elizabeth en Sue est une scène aussi fascinante qu’écœurante, où la chair devient un terrain de manipulation et de contrôle. Sue, incarnation de la perfection sexuelle, est constamment exposée à un désir brut et dévorant. Ses apparitions sont clairement une critique acerbe de la manière dont les femmes sont réduites à des objets de désir.

Le film plonge dans les méandres de cette dualité, où Elizabeth et Sue se disputent le même corps. Demi Moore et Margaret Qualley livrent une performance saisissante, incarnant chacune à leur manière la tension entre le vieillissement et la quête de perfection. La lutte intérieure de l’héroïne, face à la pression de se réinventer à tout prix, est poignante. Demi Moore livre une prestation d’une intensité rare, se dévoilant physiquement et émotionnellement avec une force étonnante. Margaret Qualley, quant à elle, incarne sa version « parfaite » avec une vulnérabilité saisissante, prouvant une fois de plus son talent.

The Substance critique également l’exploitation des femmes par une société dominée par les hommes, symbolisés ici par le personnage de Harvey. S’il n’est qu’un spectateur de cette transformation, il en est le véritable instigateur. Ses exigences et celles des autres hommes qui gravitent autour de l’histoire réduisent les femmes à des objets, soumises à leur désir.

Le film de Fargeat va au-delà du simple thriller psychologique: il s’inspire du cinéma de body horror à la David Cronenberg, tout en rendant hommage à des classiques comme The Elephant Man, Carrie ou The Shining. Chaque élément de l’univers du film, du décor à la mise en scène, semble fait pour déranger et questionner le spectateur.

Avec The Substance, Fargeat réussit à mêler horreur, critique sociale et satire du monde du show-business. Au terme de ce voyage glaçant dans l’industrie du divertissement, le film expose cruellement l’hypocrisie et la cruauté d’un monde où, au final, personne ne sort indemne. Au final, il est clair que la course contre le temps se termine dans une défaite pour tous.

Scénario
3.5/5

Acting
4/5

Image
4.5/5

Son
3.5/5

Note globale
77.5%

Sombre, captivant, choquant, drôle et dérangeant: The Substance a tout pour séduire !
La réalisatrice Coralie Fargeat y insuffle une audace saisissante, traitant son sujet de façon aussi choquante qu’inventive, dans une exécution qui ne laissera personne indifférent.

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  1. The Substance n’est vraiment pas un mauvais film, j’ai passé un bon moment, mais je trouve qu’il trompe et déçoit un peu dans son intention. Le sujet du jeunisme illustré par une célébrité vieillissante qui refuse de s’éteindre et est prête à tout pour rester à l’avant de la scène a déjà été mille fois abordé au cinéma (dès les années 50 avec Sunset Boulevard ou All About Eve ou plus récemment dans A Star is Born, The Neon Demon, Babylon, voire effectivment Black Swan) ; The Substance a un peu la prétention d’en faire son cheval de bataille alors que la vraie force du film (et finalement sa vraie réussite) se trouve plutôt dans son casting et sa mise en scène. Birdman par exemple, avait traîté le sujet de façon tellement plus riche et originale.

    C’est joli, c’est sexy, c’est punk, c’est graphique, et l’alchimie du duo Moore / Qualley fonctionne super bien. Mais sur le fond, j’ai quand même trouvé le tout fort réchauffé. Pas sûr que le film mérite la hype qui l’entoure 🙂

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  2. […] Outre ces préférences personnelles, 2024 a également brillé par d’autres créations, telles que: Alien: Romulus, Anora, Civil War, Flow (Critique à venir sur ce site), Godzilla Minus One, Kneecap, The Paysants, Longlegs, Robot Dreams, Skunk, Small Things Like These, The Seed of the Sacred Fig et The Substance. […]

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  3. […] Berger décrochent chacun huit nominations. À noter également la remarquable percée de The Substance de la Française Coralie Fargeat, qui s’offre cinq nominations, dont deux dans les catégories […]

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