The Substance
Vu
6 novembre 2024 – Sauvenière (Liège)
Année
2024
Réalisation
Caroline Fargeat
Production
Working Title Films
Casting
D.Moore, M.Qualley, D.Quaid
Pacte avec le diable
Se sentir écrasé par des standards de beauté inaccessibles et l’hyperfixation de la société sur la jeunesse n’est pas un phénomène nouveau. Mais The Substance de Coralie Fargeat aborde ces questions d’une manière aussi intrigante que dérangeante. Que le film ait remporté le prix du meilleur scénario à Cannes n’a finalement rien d’étonnant.
Elizabeth Sparkle (Demi Moore) a longtemps incarné le modèle de la femme parfaite à travers son émission de fitness, une star adulée, entourée de luxe et de célébrité. Mais, à 50 ans, la machine s’essouffle. Le studio décide qu’il est temps de la remplacer. Les téléspectateurs, dit-on, réclament du neuf. Mais tout le monde sait que ce « neuf » cache autre chose : l’âge d’Elizabeth. Dès les premières minutes, le ton est donné. Dans cet univers, les hommes tirent les ficelles et choisissent le moment où les femmes deviennent obsolètes. Dennis Quaid* incarne magistralement Harvey, un patron de studio cruel et manipulateur (Tiens, ça me rappelle vaguement quelqu’un!). Après avoir été mise à l’écart, Elizabeth découvre la « substance », une mystérieuse solution qui lui permet d’atteindre la meilleure version d’elle-même – à condition de respecter des règles strictes : une injection chaque semaine et l’échange constant entre son ancien et son nouveau moi. Mais le prix à payer est élevé.
*À l’origine, Ray Liotta devait incarner ce rôle avant de nous quitter tragiquement à 67 ans.

L’élégance de la mise en scène contraste avec la noirceur du propos. Le monde dans lequel évoluent Elizabeth et Sue (Margaret Qualley), la nouvelle version d’elle-même, semble tout droit sorti d’un rêve. Mais derrière cette surface idyllique, l’enjeu est clair: la société impose aux femmes des normes irréalistes de beauté et de féminité. L’opération qui transforme Elizabeth en Sue est une scène aussi fascinante qu’écœurante, où la chair devient un terrain de manipulation et de contrôle. Sue, incarnation de la perfection sexuelle, est constamment exposée à un désir brut et dévorant. Ses apparitions sont clairement une critique acerbe de la manière dont les femmes sont réduites à des objets de désir.
Le film plonge dans les méandres de cette dualité, où Elizabeth et Sue se disputent le même corps. Demi Moore et Margaret Qualley livrent une performance saisissante, incarnant chacune à leur manière la tension entre le vieillissement et la quête de perfection. La lutte intérieure de l’héroïne, face à la pression de se réinventer à tout prix, est poignante. Demi Moore livre une prestation d’une intensité rare, se dévoilant physiquement et émotionnellement avec une force étonnante. Margaret Qualley, quant à elle, incarne sa version « parfaite » avec une vulnérabilité saisissante, prouvant une fois de plus son talent.

The Substance critique également l’exploitation des femmes par une société dominée par les hommes, symbolisés ici par le personnage de Harvey. S’il n’est qu’un spectateur de cette transformation, il en est le véritable instigateur. Ses exigences et celles des autres hommes qui gravitent autour de l’histoire réduisent les femmes à des objets, soumises à leur désir.
Le film de Fargeat va au-delà du simple thriller psychologique: il s’inspire du cinéma de body horror à la David Cronenberg, tout en rendant hommage à des classiques comme The Elephant Man, Carrie ou The Shining. Chaque élément de l’univers du film, du décor à la mise en scène, semble fait pour déranger et questionner le spectateur.
Avec The Substance, Fargeat réussit à mêler horreur, critique sociale et satire du monde du show-business. Au terme de ce voyage glaçant dans l’industrie du divertissement, le film expose cruellement l’hypocrisie et la cruauté d’un monde où, au final, personne ne sort indemne. Au final, il est clair que la course contre le temps se termine dans une défaite pour tous.
Si vous avez aimé : Under the Skin (2013), The Skin I Live In (2011), Black Swan (2010), Face/Off (1997), Death Becomes Her (1992), The Fly (1986), Carrie (1976), Dr. Jekyll and Mr. Hyde (1931)

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