Speak No Evil

Vu

Année

Réalisation

Production

Casting

Déstabilisant

Une nouvelle tendance semble émerger à Hollywood : adapter des films étrangers à succès en versions américaines. C’est exactement ce qui est arrivé à Speak No Evil, réalisé par Christian Tafdrup. Ce thriller danois, sorti en 2022, a déjà donné lieu à un remake où l’on retrouve James McAvoy dans l’un des rôles principaux. Sur le plan de l’intrigue et du développement, les deux films se ressemblent presque trait pour trait, jusqu’à leurs bandes-annonces qui paraissent étonnamment similaires. En revanche, la fin, elle, diffère de manière assez marquante. Mais la question demeure : ce remake pourra-t-il rivaliser avec la force de l’original ?

Dans cette adaptation américaine, Louise (Mackenzie Davis) et Ben Dalton (Scoot McNairy), un couple d’Américains, profitent de vacances en Italie avec leur fille Agnes, âgée de 11 ans. Au cours de leur séjour, ils font la connaissance d’une charmante famille britannique : Paddy (James McAvoy), son épouse Ciara (Aisling Franciosi), et leur fils Ant, un enfant sourd et mystérieux. Rapidement, une amitié se tisse entre les deux familles, et les Dalton sont invités à passer le week-end dans la somptueuse propriété de campagne des Britanniques. Mais ce qui s’annonçait comme un rêve idyllique tourne bientôt au cauchemar psychologique.

Un des thèmes centraux du film est le malaise généré par certaines normes sociales et comportementales. Dès les premières minutes, une tension palpable s’installe, et celle-ci ne cesse de croître. Tout au long de l’intrigue, les Dalton, tout comme les spectateurs, se posent la même question: y a-t-il réellement quelque chose de suspect qui se trame, ou ces comportements sont-ils simplement maladroits, rendant impoli de les remettre en question ?

Le film aborde une multitude de thèmes à travers la tension et la narration, comme l’inégalité des sexes, l’éducation des enfants, et les différences culturelles. Mais le thème central reste celui de la masculinité toxique. D’un côté, Paddy est un personnage incarnant le mâle alpha par excellence: dominant, musclé et imposant. De l’autre, Ben, qui s’efforce de tenir tête à Paddy, mais se heurte également à des tensions avec sa femme, qui lui demande à plusieurs reprises d’intervenir. Ces deux personnages contrastés se complètent parfaitement, renforçant la profondeur et l’intensité émotionnelle de la situation.

Bien que l’intrigue soit parfois un peu lente et prévisible, le casting reste solide. Mackenzie Davis (Blade Runner 2049, Terminator: Dark Fate), dans le rôle de Louise, dégage une vigilance comparable à celle d’une gazelle buvant prudemment dans le Serengeti. En tant qu’Américaine, elle se révèle être une hache émoussée face à la délicate porcelaine que représente l’étiquette britannique. Si, au début, elle se montre réfractaire face aux événements, elle finit par se retenir, attendant que Ben en fasse autant. Les acteurs incarnent leurs rôles avec une justesse convaincante, apportant une véritable ossature à l’histoire.

Quant à James McAvoy, véritable star du film dans son rôle de Paddy, il livre une performance magistrale, alliant avec finesse grandeur et subtilité. Avec un minimum d’apparence, d’expressions faciales et d’utilisation de la voix, il confère une intensité palpable à chaque scène. Son énergie est irrésistible, donnant l’impression qu’il est votre meilleur ami, avant de se métamorphoser en un gorille bipolaire, prêt à vous poignarder à tout moment. Son charme séduit autant que son mystère déstabilise. À certains moments, on aperçoit des éclats de ses prestations incroyables dans Split (2016) et Glass (2019), rappelant à quel point son talent est remarquable. Comment ne s’est-il pas encore vu décerner un Oscar ? Pourtant, dans Speak No Evil, il semble quelque peu bridé, et on peut se demander si tout son potentiel a réellement été exploité. Mais, bien sûr, c’est un film différent, un rôle différent. Et malgré cela, il l’incarne à merveille.

Comparaison des version danoise (2022) et américaine (2024)

Hollywood a souvent pour habitude de revisiter et d’américaniser les films étrangers à succès, mais comme en témoignent des adaptations telles que Ghost in the Shell ou Oldboy, cela ne se traduit pas toujours par une réussite. Heureusement, Speak No Evil échappe à ce piège et s’impose comme un remake bien exécuté, où James McAvoy brille particulièrement, soutenu par une tension constante. Mais qu’en est-il des véritables différences entre les deux versions ? Et laquelle m’a le plus marqué ?

1. Apprenons à connaître nos protagonistes en vacances (Préférence pour l’original)

Les deux films débutent presque de la même manière, avec deux familles profitant de leurs vacances avant de croiser la route de leurs futurs antagonistes. Ce que l’original réussit particulièrement bien, c’est de donner plus de profondeur à la vie de Bjorn et Louise. Ils apparaissent relativement heureux, que ce soit lors d’un dîner entre amis, d’une réception à l’école, ou simplement en se relaxant à la maison.

Dans le remake, tout semble plus tendu et un peu précipité. Cela est d’autant plus curieux que le remake est plus long et parvient mieux à intensifier la tension. Cependant, il est plus facile de s’attacher à Bjorn et Louise dans la version originale, car ils semblent davantage sur la même longueur d’onde. Plus tard, Bjorn confie à Patrick qu’il dissimule ses émotions, ce qui paraît tout à fait compréhensible, contrairement à la lutte plus explicite que mènent Ben et Louise face à la tromperie dans le remake.

2. Les enfants (Préférence pour le remake)

Agnès et Ant jouent un rôle bien plus central dans le remake que leurs homologues, Agnès et Abel, dans le film original. Bien qu’Agnès ait son lapin en peluche comme réconfort, elle ne fait pas autant de crises explicites à cause de lui dans la version originale. Quant à Abel, il n’a que peu d’importance, étant simplement un enfant torturé dans un film d’horreur, dont le sort est scellé par une mort inévitable.

Dans le remake, Agnès prend plus de place grâce à son problème de respiration, et elle suit Ant dans la découverte du terrible secret de Patrick et Karin, caché dans leur grange. C’est d’ailleurs Ant qui assène le coup fatal à Paddy, renforçant son rôle clé. Bien qu’Agnès n’ait pas de moment aussi fort, la scène où elle attire l’attention de sa mère, liée à ses premières prises de conscience féminines, est une décision scénaristique astucieuse qui ajoute de la profondeur à son personnage.

3. Les thématiques abordées: Humiliation/Domination vs Chasse ? (Préférence pour l’original)

Bien que les deux films suivent un déroulement similaire, à l’exception de la fin, ils explorent des thèmes différents. Le remake met l’accent sur le plaisir de la chasse. Paddy pourrait aisément tuer Ben et Louise à maintes reprises, mais il tire satisfaction de leur terreur. Il avoue explicitement à Ben qu’il apprécie la chasse, bien qu’il s’agisse d’un renard.

L’original, en revanche, s’articule autour du thème de la domination, subtilement traité et jamais mentionné de façon explicite, ce qui en fait toute sa force. Dans le règne animal, les créatures marquent leur territoire par l’urine pour affirmer leur domination, et c’est précisément ce que fait Patrick. Il surprend Louise en pleine douche et urine, un geste qu’il réitère plus tard lorsque Bjorn se brosse les dents. Patrick s’arrête même en bord de route pour se soulager avant de déshabiller le couple de héros. L’humiliation et la domination sont des tactiques tellement glaçantes, bien plus percutantes qu’une simple chasse à l’homme.

4. Fedja van Huet vs James McAvoy (Préférence pour le remake)

Dans l’original, Fedja van Huet incarne Patrick, tandis que James McAvoy joue Paddy dans le remake. Si Van Huet excelle à créer un sentiment de malaise, notamment dans la scène de la salle de bain mentionnée précédemment, son personnage manque de consistance en tant qu’être humain. Il ressemble à un homme ordinaire, là où McAvoy, avec sa carrure sculptée, semble passer la moitié de son temps éveillé à soulever des poids.

McAvoy est physiquement impressionnant, rendant presque obsolète l’idée même d’utiliser des armes à feu. Quand il perd son sang-froid, le remake devient véritablement intense, comme lors de son mécontentement face à la danse d’Ant ou lorsque Ben et Louise tentent de s’échapper pour la première fois. Sa performance captivante porte le film à 100%. Cela n’enlève rien au talent des autres acteurs, mais les spectateurs seront sans aucun doute attirés par McAvoy, et ils ne seront pas déçus. Les acteurs de l’original livrent aussi une prestation crédible, mais la présence de McAvoy dans le remake ajoute une dimension supplémentaire qui rend l’expérience encore plus marquante.

5. La scène finale: Team fin heureuse ou brutale ? (Grosse préférence pour l’original)

Comme on pouvait s’y attendre, la fin de ce remake diffère considérablement de celle de la version de 2022. C’est là que les deux films se démarquent le plus. Dans l’original, Bjorn et sa famille tentent de s’enfuir de chez Patrick après avoir découvert son garage tapissé de photos et le corps d’Abel flottant dans une piscine. Malheureusement, leur véhicule s’enlise, permettant à Patrick et son groupe de les rattraper. Ils kidnappent Agnès, lui coupent la langue, puis lapident Bjorn et Louise, nus, dans un puits de mine.

Cette conclusion sombre contraste fortement avec celle du remake, qui opte pour une issue plus heureuse, comme c’est souvent le cas pour les remakes de films d’horreur. Ici, non seulement Ben et sa famille survivent, mais ils parviennent également à sauver Ant. Tous les antagonistes meurent, et la scène la plus gratifiante est sans doute celle où Ant fracasse le crâne de son ravisseur, Paddy. C’est également sombre, mais avec un sentiment de justification.

Verdict: Bien que la version 2024 soit plus satisfaisante et séduisante, notamment pour ceux qui aiment voir les méchants punis, la version 2022 se distingue par son atmosphère glauque, brutale, nihiliste et, en fin de compte, plus percutante.

Scénario
3.5/5

Acting
4/5

Image
3/5

Son
3.5/5

Note globale
70%

Ça semblait être un excellent remake de l’original danois, mais le dénouement, concentré sur l’action, m’a un peu laissé sur ma faim.
Ce qui est certain, c’est que les Bangles ne sonneront plus jamais de la même façon !

Répondre à bnbrnx Annuler la réponse.

  1. Bon avec tout ça je n’ai pas encore vu le nouveau. Mais j’ai trouvé l’original danois tellement novateur dans sa ‘violence’ (la fin 🙄…) que, à te lire, j’ai un peu peur de tomber sur un énième remake très lisse made in USA. Pas encore sûr que j’irai le voir !

    Aimé par 1 personne

    1. Si, par hasard, tu y vas… Dis-le-moi ! 🙂
      « Lisse made in USA » ? On en reparle 😉

      Aimé par 1 personne