Trap
Vu
27 août 2024 – Cinéscope Louvain-La-Neuve
Année
2024
Réalisation
Night Shyamalan
Production
Warner Bros. Pictures
Casting
J.Hartnett, S.Shyamalan, A.Donoghue
The Eras Tour, version Shyamalan
« Ne les laisse pas te tromper ! » conseille Cooper (J. Hartnett) à sa fille Riley (A. Donoghue). Ce slogan pourrait d’ailleurs s’appliquer à la plupart des films de M. Night Shyamalan, des thrillers conçus pour égarer le spectateur. Pourtant, dans son dernier film, Trap, ce n’est malheureusement pas le cas.
Et ce n’est pas le seul malaise qui accompagne le film. Sans une véritable introduction, nous découvrons Cooper, un pompier, qui accompagne sa fille Riley à un concert de sa grande idole, l’artiste fictive Lady Raven. Cette dernière, jouée par Saleka, la propre fille de Shyamalan, enflamme la scène avec ses performances audacieuses de R&B. Tandis que Riley s’éclate dans la foule, Cooper, lui, est absorbé par une toute autre préoccupation : comment quitter l’arène sans être remarqué.
Nous découvrons assez rapidement que Cooper préfère tuer des gens plutôt que d’éteindre des incendies. Lors d’une pause aux toilettes, on le voit observer une de ses victimes emprisonnée à travers l’écran de son téléphone portable. Grâce à un vendeur particulièrement bavard, Cooper apprend que l’ensemble du concert a été conçu comme un piège pour capturer le tueur en série connu sous le nom de « The Butcher ». En effet, un morceau de billet pour le concert de Lady Raven a été retrouvé sur l’une des scènes de crime.
Outre son intrigue chaotique, Trap échoue en tant que thriller et prend involontairement des allures de comédie. Cependant, le film offre une plateforme à Saleka Shyamalan pour mettre en avant ses talents musicaux. Avec ses immenses yeux bruns soulignés par de longs faux cils, l’artiste avait déjà collaboré avec son père sur plusieurs de ses productions, principalement en tant que compositrice. Cette fois-ci, elle bénéficie d’un rôle secondaire généreux et compose 14 numéros musicaux pour accompagner les événements du film.

Sans exagération, Trap est une véritable insulte à l’intelligence des spectateurs. Entre les innombrables invraisemblances et les multiples incohérences scénaristiques, Shyamalan peine à créer la moindre tension palpable. Une salle de concert remplie de vingt mille personnes aurait pu être un cadre oppressant, mais avec un Cooper constamment en mouvement, courant d’un endroit à l’autre, toute notion de contrainte disparaît.
Pourtant, un rassemblement massif comme celui-ci peut offrir des opportunités. Alfred Hitchcock, dans ses deux versions de L’Homme qui en savait trop, a magistralement utilisé une salle de concert bondée pour augmenter la tension, lors d’une tentative d’assassinat. La foule immense contrastait parfaitement avec les actions furtives d’un seul homme, car le spectateur était en possession de la plupart des informations. Trap aurait pu exploiter un cadre similaire, mais la mission de Cooper et les événements sur scène ne se croisent jamais réellement, laissant cette opportunité inexploitée.
Le dernier acte – moment où chaque spectateur attend le fameux coup de théâtre propre à Shyamalan – ne parvient pas à compenser le manque de suspense et de courage du reste du film. Bien que les invraisemblances continuent de s’enchaîner, Josh Hartnett semble enfin investir son personnage avec plus de sérieux, tandis que Saleka révèle qu’elle peut dépasser son rôle de simple starlette pop. Hélas, cela ne suffit pas à racheter le ton absurde qui a dominé tout le film jusque-là.
Le véritable défi de Trap réside dans le fait que le récit se déroule constamment du point de vue de Cooper, forçant ainsi le spectateur à s’identifier à lui. Cependant, cette tentative échoue en grande partie, car Hartnett tombe dans le piège du surjeu. Pour contrebalancer le fait qu’il sait qu’il est un psychopathe, il adopte une série de tics. Ironiquement, ces artifices le rendent encore plus inhumain. Pendant plus d’une heure et demie, on a l’impression d’observer un robot. Par ailleurs, le traumatisme maternel, inséré maladroitement pour ajouter de la profondeur psychologique à Cooper, ressemble à un cliché bon marché et superficiel.

Cela affecte profondément l’impact émotionnel du film, qui reste quasiment inexistant. C’est regrettable, car Trap reste divertissant. Les enjeux sont clairs dès le début — plus qu’un simple thriller policier, il s’agit d’un film d’évasion — et sans s’appuyer sur des astuces narratives trop complexes, Shyamalan parvient à maintenir l’élan de son intrigue.
Il n’en reste pas moins que ce film est une occasion manquée. Avec des personnages mieux développés — et des acteurs plus convaincants — ce film aurait pu être bien plus qu’un simple exercice de style. Les astuces visuelles de Shyamalan, tels que les dialogues directement adressés à la caméra, deviennent des gadgets visuels, qui, s’ils ajoutent un peu d’intérêt, ne parviennent pas à dissimuler le fait que ce film ne dépasse jamais la médiocrité.
Josh Hartnett avait déclaré choisir ses rôles avec plus de soin ces dernières années. Alors, pourquoi a-t-il trouvé un quelconque intérêt dans cette œuvre de M. Night Shyamalan reste un autre mystère qui vient s’ajouter à ceux de ce thriller. Après l’échec monumental de Old, le réalisateur américain avait semblé légèrement redresser la barre avec Knock at the Cabin, grâce à un cadre plus intimiste et des thèmes plus restreints. Mais avec Trap, il revient à la case départ. Même le dernier plan parvient à provoquer un « vraiment ? » chez le spectateur… s’il n’a pas déjà quitté la salle prématurément.
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