Alpha

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L’adolescence face à l’apocalypse marbrée

Julia Ducournau, lauréate de la Palme d’Or pour Titane, revient avec Alpha, une œuvre qui mélange body horror, drame familial et réflexion sur la perte et la maladie. Le film suit Alpha, une adolescente de treize ans, confrontée à un virus mystérieux qui transforme les gens en statues de marbre, tandis que son frère en convalescence et sa mère médecin doivent naviguer dans ce monde perturbé.

Visuellement, le film est remarquable. Ducournau déploie une esthétique saisissante où la texture de la peau, du marbre et des décors urbains devient presque palpable. Les couleurs sont souvent froides, désaturées, reflétant la peur et la solitude de son personnage principal. Les scènes de rues jonchées de sable rouge, évoquant un climat nord-africain transposé en France, renforcent le sentiment d’étrangeté et d’apocalypse latente. La direction artistique et la photographie de Ruben Impens contribuent à créer une atmosphère immersive et sensorielle, rappelant par moments l’univers de David Cronenberg ou les poétiques ténèbres d’Edgar Allan Poe.

Le film se distingue également par sa dimension émotionnelle. Alpha est une protagoniste complexe : rebelle et vulnérable à la fois, elle navigue entre colère adolescente, peur de la contagion et le désir d’émancipation. La relation avec son oncle Amin, ancien toxicomane interprété avec intensité par Tahar Rahim, apporte une dimension dramatique poignante. Leur lien, marqué par des blessures physiques et émotionnelles, constitue l’un des axes les plus touchants du récit. Mélissa Boros incarne ce personnage avec une retenue fascinante, donnant vie à une adolescente crédible, malgré le cadre souvent fantastique de l’histoire.

Cependant, le scénario ne convainc pas toujours. L’allégorie autour du virus, qui semble renvoyer à l’épidémie du sida ou aux peurs liées aux pandémies récentes, reste floue et inaboutie. Certaines scènes apparaissent comme surchargées ou répétitives, et le mélange de temporalités et de flashbacks peut perdre le spectateur. Le film oscille entre intensité dramatique et moments poétiques, mais cette alternance donne parfois une impression d’incohérence et de narration trop abstraite. Certaines critiques ont même jugé le rythme étiré et l’ensemble légèrement prétentieux, malgré la sincérité de la démarche.

En fin de compte, Alpha se situe dans une zone intermédiaire : ni totalement raté, ni pleinement réussi. Ducournau propose une expérience sensorielle et émotionnelle forte, mais l’intrigue et ses métaphores restent énigmatiques et parfois frustrantes. Le film séduit par sa beauté visuelle et la profondeur de ses personnages, mais peine à captiver entièrement par son récit.

Alpha est une œuvre à la fois fascinante et déconcertante. Elle confirme le talent visuel et la sensibilité de Ducournau, mais laisse une part de confusion quant à son propos et à sa structure. Un film à voir pour son audace et son esthétique, tout en gardant à l’esprit ses limites narratives.

Scénario
3/5

Acting
4/5

Image
3.5/5

Son
3/5

Note globale
67.5%

Julia Ducournau signe avec Alpha une œuvre mêlant horreur corporelle et drame familial, où une adolescente de treize ans fait face à un virus transformant les humains en statues de marbre. Le film frappe par son esthétique saisissante et son atmosphère immersive, portée par des décors sensoriels et une direction artistique soignée. Les personnages, notamment le lien complexe entre Alpha et son oncle, offrent une profondeur émotionnelle touchante. Malgré ces qualités, l’intrigue et ses métaphores restent parfois floues, rendant le récit énigmatique et inégal.

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