Run Away

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Quand la tension prime sur la cohérence

Run Away s’inscrit parfaitement dans cette tradition désormais bien huilée des adaptations Netflix de Harlan Coben : un thriller conçu pour accrocher immédiatement, maintenir une tension constante et se consommer rapidement, quitte à sacrifier toute forme de nuance ou de cohérence durable. Le résultat se regarde sans déplaisir, mais laisse derrière lui une impression de vacuité mécanique, celle d’un produit efficace mais fondamentalement interchangeable.

Le point de départ possède pourtant une force émotionnelle indéniable : un père brisé par la disparition de sa fille toxicomane, prêt à tout pour la retrouver. James Nesbitt, spécialiste du tourment contenu, apporte une gravité bienvenue à ce rôle d’homme ordinaire aspiré dans un engrenage qui le dépasse. Lorsqu’elle s’en tient à cette trajectoire intime, la série touche parfois juste. Malheureusement, cet ancrage humain est rapidement dilué dans une accumulation frénétique de sous-intrigues, de personnages secondaires et de révélations censées choquer à intervalles réguliers.

Chaque épisode aligne twists, faux-semblants et pistes parallèles avec une application presque industrielle. L’intrigue avance, mais s’épaissit au point de devenir confuse, voire absurde, reposant sur des coïncidences improbables et une logique narrative de plus en plus fragile. Les zones d’ombre laissées volontairement ouvertes – disparitions mal expliquées, motivations floues, arcs inachevés – donnent moins l’impression d’un mystère sophistiqué que d’un scénario surchargé peinant à se refermer proprement.

Cette surcharge affecte aussi les personnages. Plusieurs acteurs solides se retrouvent sous-exploités ou prisonniers de rôles fonctionnels. Minnie Driver, notamment, est reléguée à un statut quasi décoratif, réduite à une présence intermittente dénuée d’impact dramatique réel. Ruth Jones, en détective privée au passé pesant, intrigue davantage, mais son personnage souffre d’une écriture appuyée qui confond complexité et accumulation de traumatismes. Quant aux antagonistes, ils incarnent une violence stylisée et répétitive, plus proche du symbole que d’une véritable menace crédible.

La mise en scène, fidèle aux standards Netflix du genre, accentue ce sentiment d’artificialité : éclairages sombres, musique insistante, montages nerveux et séquences conçues pour provoquer l’addiction plutôt que l’immersion. À cela s’ajoute une représentation maladroite des réseaux sociaux, réduits à des raccourcis narratifs peu crédibles, qui trahissent une volonté d’actualisation plus cosmétique que réellement contemporaine.

Run Away fonctionne donc comme un divertissement de transition : suffisamment rythmé pour maintenir l’attention, trop brouillon pour marquer durablement. Derrière son succès algorithmique et son efficacité immédiate, la série révèle surtout les limites d’un modèle narratif épuisé, où la surenchère remplace la profondeur. Agréable sur le moment, vite oublié après le générique final, ce thriller confirme qu’un mystère captivant ne se mesure pas au nombre de rebondissements, mais à leur nécessité.

Scénario
2/5

Acting
2/5

Image
3/5

Son
2/5

Note globale
45%

Run Away se présente comme un thriller efficace et captivant, mais rapidement superficiel, où la tension constante prime sur la cohérence et la nuance. L’intrigue initiale, centrée sur un père cherchant sa fille disparue, touche par son émotion, mais se perd dans une accumulation frénétique de sous-intrigues et de personnages secondaires sous-exploités. Les rebondissements successifs et la mise en scène stéréotypée créent un produit rythmé mais artificiel, agréable à suivre sur le moment mais vite oublié.

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