The Voice of Hind Rajab
Vu
5 janvier 2026 – Cameo Namur
Année
2025
Réalisation
Kaouther Ben Hania
Durée
89′
Casting
S.Kilani, M.Malhees, C.Khoury, A.Hlehel
Quand une voix devient un acte de résistance
The Voice of Hind Rajab est de ces films qui ne quittent pas la salle avec le générique. Le silence qu’il impose, lourd et prolongé, dit déjà tout de son impact. En reconstruisant les dernières heures de Hind Rajab, une enfant palestinienne piégée dans une voiture après une attaque à Gaza, Kaouther Ben Hania signe une œuvre d’une intensité rare, à la frontière du documentaire et de la fiction, où la mise en scène devient un acte politique autant qu’un geste mémoriel.
Le choix le plus radical — et le plus bouleversant — réside dans l’utilisation de la véritable voix de Hind, issue des enregistrements de ses appels désespérés à la Croix-Rouge palestinienne. Cette voix fragile, parfois à peine audible, traverse l’écran comme une déchirure. Elle n’est jamais illustrée, jamais exploitée visuellement : elle existe seule, brute, irréfutable. Face à elle, des acteurs incarnent les secouristes, enfermés dans un centre d’appels, tentant l’impossible tout en se heurtant à une machine administrative implacable. Le film adopte ainsi la forme d’un huis clos tendu, presque en temps réel, où chaque minute gagnée ou perdue devient insoutenable.

Ce dispositif formel, d’une sobriété remarquable, refuse toute spectacularisation de la violence. Rien n’est montré de la scène du drame ; tout est relégué hors champ. Les tirs, les explosions, la peur ne parviennent au spectateur que par une ligne téléphonique instable. Ce choix force l’attention sur l’essentiel : une vie suspendue à des procédures, des autorisations, des protocoles qui transforment l’attente en arme. La notion de violence administrative, souvent abstraite, prend ici une dimension concrète, presque physique.
Cette approche a suscité des débats, certains y voyant une forme de mise en scène de la souffrance. Le film n’élude pas cette question. Il l’embrasse même, en exposant frontalement la difficulté morale de représenter l’irreprésentable. Mais loin de dicter une émotion, la mise en scène impose une posture : celle du témoin. Impossible de détourner le regard, impossible de consommer le drame comme une image parmi d’autres. La durée, l’immobilité, l’écoute deviennent des actes.

Au-delà de son dispositif, The Voice of Hind Rajab s’inscrit dans un geste plus large : celui de l’archive. En enregistrant, en conservant, en donnant à entendre, le film oppose à l’effacement une trace indélébile. La voix de Hind ne raconte pas seulement sa peur ; elle affirme son existence. À travers elle, ce sont aussi les secouristes, contraints de négocier avec ceux-là mêmes qui rendent leur mission impossible, qui incarnent une humanité entravée mais persistante.
Sans chercher le choc gratuit ni la démonstration, Kaouther Ben Hania livre une œuvre d’une rigueur et d’un courage remarquables. The Voice of Hind Rajab n’est ni un manifeste ni un simple hommage : c’est un film qui oblige à rester, à écouter, à se souvenir. Une expérience cinématographique éprouvante mais essentielle, dont la puissance tient précisément à ce qu’elle refuse toute facilité.

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