If I Had Legs, I’d Kick You

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L’angoisse à saturation – Quand le malaise devient épuisement

If I Had Legs I’d Kick You s’impose d’emblée comme une expérience éprouvante, presque agressive, qui ambitionne de plonger au cœur de l’angoisse maternelle et de l’épuisement psychique. Mary Bronstein, dix-sept ans après Yeast, signe un film volontairement inconfortable, resserré autour de Linda, mère débordée, épouse délaissée et thérapeute incapable de se sauver elle-même. Le projet est clair : faire ressentir l’étouffement, la perte de contrôle, la spirale mentale. À ce titre, le film ne manque ni d’idées ni de radicalité. Mais cette accumulation d’intentions finit par fragiliser l’ensemble.

Le récit s’organise autour d’un quotidien qui se fissure littéralement : un trou béant dans le plafond de l’appartement, un enfant malade refusant de s’alimenter, un mari absent, un travail où les frontières professionnelles se brouillent dangereusement. Tout concourt à faire de la vie de Linda un cauchemar éveillé, dont la logique semble parfois relever davantage du rêve que du réel. Bronstein joue sur les échos, les miroirs, les motifs symboliques, jusqu’à faire du film lui-même une surface fracturée. Cette approche, stimulante sur le papier, se révèle pourtant inégale à l’écran.

La mise en scène adopte une proximité constante avec son personnage principal, multipliant les gros plans anxiogènes et les situations répétitives. Si ce choix permet de transmettre une tension quasi permanente, il devient aussi rapidement épuisant. Le film confond souvent immersion et saturation, au point de transformer l’expérience en épreuve d’endurance. Les incursions surréalistes et les touches d’humour noir, censées enrichir la lecture psychologique, peinent à trouver leur juste place. Certaines séquences flirtent avec une absurdité presque cartoon, rompant brutalement avec la gravité du propos et affaiblissant l’impact émotionnel recherché.

Cette hésitation constante entre réalisme cru et satire mentale crée un déséquilibre de ton. Le film semble vouloir tout embrasser : le drame intime, la comédie noire, la fable psychologique, voire l’horreur existentielle. Or, faute de choisir une ligne claire, il reste coincé entre plusieurs registres sans jamais pleinement les assumer. Les personnages secondaires, pourtant interprétés par des figures marquantes, restent sous-écrits, réduits à des fonctions symboliques plus qu’à de véritables présences dramatiques.

Reste toutefois un élément indiscutable : Rose Byrne. De bout en bout, l’actrice livre une performance impressionnante de nervosité contenue, de colère rentrée et de fatigue extrême. Elle parvient à rendre crédible une héroïne souvent difficile à suivre, parfois même irritante, sans jamais la caricaturer. Son travail donne au film une densité qui lui permet d’exister malgré ses failles, et constitue sans doute sa principale raison d’être.

Ambitieux, dérangeant, mais profondément déséquilibré, If I Had Legs I’d Kick You laisse l’impression d’un film qui se sabote lui-même, prisonnier de ses propres obsessions. Derrière une proposition audacieuse et une interprétation remarquable, subsiste le regret d’un potentiel mal exploité. Une œuvre plus intéressante à analyser qu’à véritablement apprécier, qui mérite l’attention sans parvenir à convaincre pleinement.

Scénario
1/5

Acting
5/5

Image
1/5

Son
1/5

Note globale
40%

Œuvre volontairement abrasive, If I Had Legs I’d Kick You immerge le spectateur dans la spirale mentale d’une mère au bord de l’effondrement, à travers une mise en scène oppressante et fragmentée. Si l’approche sensorielle et la radicalité formelle témoignent d’une ambition certaine, l’accumulation d’effets et l’instabilité de ton finissent par épuiser plus qu’émouvoir. Ballotté entre drame intime, satire et fable anxiogène, le film peine à trouver son équilibre. Seule la prestation impressionnante de Rose Byrne lui confère une véritable consistance, laissant le sentiment d’un projet plus stimulant à décrypter qu’à savourer.

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