Blue Moon

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Dans l’ombre de Broadway – La dernière nuit de Lorenz Hart

Richard Linklater s’aventure avec Blue Moon dans l’univers feutré et tourmenté de Broadway des années 1940, explorant la dernière nuit charnière de Lorenz Hart, lyriciste de génie aujourd’hui moins célébré que son ancien partenaire Richard Rodgers. Le film se déroule presque entièrement dans le cadre unique de Sardi’s, bar new-yorkais où Hart se réfugie après l’ouverture triomphale de Oklahoma!. Cette contrainte spatiale, loin de desservir le récit, souligne le caractère introspectif et confiné de la vie de l’artiste, mais elle expose également les limites d’un récit très bavard qui peut parfois sembler figé.

Ethan Hawke livre ici une performance fascinante et nuancée, incarnant un Hart à la fois séducteur, cynique et profondément vulnérable. La petite taille du personnage, accentuée par des astuces de perspective, accentue son sentiment de marginalité et de fragilité, tandis que sa verve et son esprit acéré font de chaque échange un moment vivant. Margaret Qualley complète le duo avec naturel et fraîcheur, incarnant Elizabeth Weiland, jeune protégée et objet de fantasme de Hart, apportant une innocence et une légèreté qui contrebalancent le désarroi du lyriciste. Andrew Scott, dans le rôle de Rodgers, offre quant à lui un contrepoint plus sobre, oscillant entre affection, frustration et respect pour son ancien partenaire.

Le scénario de Robert Kaplow capture habilement les complexités du personnage de Hart : un homme génial mais autodestructeur, souvent écrasé par ses addictions et ses insécurités, tout en conservant une intelligence et une sensibilité hors pair. Les dialogues, parfois rapides et chargés, alternent entre humour, ironie et moments de tendresse, dressant un portrait vivant d’une personnalité en perte de repères. La reconstitution du New York théâtral des années 1940, fidèle et soignée, contribue à l’atmosphère immersive, tandis que les costumes et la musique d’époque renforcent le charme rétro de l’ensemble.

Pourtant, malgré ces qualités, le film souffre de certaines rigidités : la concentration du récit sur un seul lieu et sur des échanges dialogués très soutenus peut donner une impression de pièce filmée plutôt que de cinéma pleinement vivant. Certaines subtilités de la psychologie de Hart auraient peut-être gagné à être explorées dans des variations de cadre ou de rythme, afin de mieux équilibrer la densité des conversations et la progression dramatique.

Blue Moon reste néanmoins un projet ambitieux et attachant. Linklater réussit à conjuguer hommage au théâtre musical et étude de caractère, offrant un portrait poignant d’un artiste qui, malgré son talent immense, reste en marge de la reconnaissance et des succès de ses contemporains. La justesse des interprètes, la précision du script et l’atmosphère soignée compensent largement la tension parfois statique de l’ensemble.

En résumé, Blue Moon est une œuvre élégante et sensible, portée par des interprétations remarquables, mais son formalisme et son confinement narratif limitent quelque peu son impact global. Une expérience enrichissante pour les amateurs de théâtre et de portraits d’artistes, mais moins accessible pour un spectateur en quête de rythme ou d’action.

Scénario
3/5

Acting
4.5/5

Image
2/5

Son
3/5

Note globale
62.5%

Blue Moon plonge dans l’univers feutré de Broadway des années 1940, suivant Lorenz Hart, lyriciste brillant mais tourmenté. Ethan Hawke et Margaret Qualley brillent dans des rôles nuancés, tandis que le scénario explore habilement la complexité de Hart. La reconstitution soignée et l’atmosphère rétro séduisent, malgré une action centrée sur un seul lieu qui peut paraître statique. Une œuvre sensible et captivante pour les amateurs de portraits d’artistes et de théâtre musical.

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