After the Hunt

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Un drame #MeToo qui préfère l’ambiguïté au courage narratif

Sur le papier, After the Hunt de Luca Guadagnino convoque un terrain familier et prometteur: un huis clos académique, une accusation #MeToo qui pend au-dessus d’une université prestigieuse, des enjeux moraux, générationnels, raciaux. Mais malgré des interprétations solides et un décor visuellement soigné, le film finit par ressembler à un exercice de style qui peine à convaincre pleinement.

Julia Roberts, en professeure de philosophie à Yale, campe Alma avec une présence magnétique: son regard perçant, sa posture mesurée et son ambivalence intérieure constituent sans doute le cœur le plus fort de cette œuvre. Andrew Garfield incarne Hank, un collègue séduisant et controversé, tandis que Ayo Edebiri joue Maggie, l’étudiante qui déclenche la crise. Le trio est solide, et leurs tensions – personnelles, professionnelles – sont palpables.

Néanmoins, là où le film aurait pu trouver une vraie puissance dramatique, il trébuche. Le scénario multiplie les pistes — culpabilité, ambition, privilège, solitude — mais reste souvent dans la demi-teinte. Le récit joue volontairement l’ambiguïté, mais sans jamais décider s’il veut vraiment prendre parti ou proposer des réponses. Ce flou constant peut sembler intellectuellement stimulé, mais il frôle parfois la prétention stérile.

Le décor académique est magnifiquement rendu: livres, appartements cossus, éclairages dorés, tout évoque un milieu érudit, presque romantique. Pourtant, au-delà de cette esthétique, la tension narrative n’atteint pas la densité d’un thriller véritable: certaines scènes interrogent sans ébranler, d’autres promesses se dissolvent en dialogues circulaires.

La musique, signée Trent Reznor et Atticus Ross, est souvent lourde, pendante, presque envahissante, et ponctuée d’un tic-tac lancinant censé évoquer une bombe à retardement – mais qui finit par paraître trop appuyée et mécanique. Cette bande-son pourrait renforcer l’atmosphère, mais elle accentue plutôt la distance émotionnelle entre le film et le spectateur.

Ce qui aurait pu être un affrontement moral clair devient un ballet de non-dits: la faute, le doute, la loyauté, l’injustice sociale. Les dialogues philosophiques — Nietzsche, Heidegger, références littéraires — réclament de l’attention, mais leur usage donne parfois l’impression d’une posture intellectuelle plus qu’un véritable débat vécu.

Certains choix de mise en scène contribuent également à cette impression d’inachevé: l’accusation centrale, celle de Maggie envers Hank, est racontée, rarement montrée — et la vérité reste volontairement floue. Ce refus de certitude peut paraître un pari audacieux ou une esquive narrative.

Pourtant, malgré ses faiblesses, After the Hunt suscite la réflexion. Il dérange, interroge les rapports de pouvoir, de race, de privilège, et met en lumière combien la loyauté peut fracturer. Le film frustrera sans doute beaucoup de spectateurs — mais il pousse aussi à penser.

En fin de compte, After the Hunt est une œuvre ambitieuse, mais sa grande ambition est aussi sa limite: elle ne parvient pas à cristalliser les enjeux dramatiques dans un crescendo narratif convaincant. On reste sur sa faim, en admirant l’élan moral mais en regrettant le manque de densité émotionnelle.

Scénario
1.5/5

Acting
3/5

Image
2.5/5

Son
2/5

Note globale
45%

Le film de Luca Guadagnino explore un scandale universitaire à travers un trio d’interprètes impeccables, mené par une Julia Roberts particulièrement habitée. Malgré une atmosphère élégante et une réflexion intéressante sur le pouvoir et la responsabilité, l’intrigue peine à trouver un véritable élan. Les thèmes s’accumulent sans parvenir à s’unifier, laissant l’ensemble parfois hésitant et trop cérébral. Au final, l’œuvre se révèle stimulante mais frustrante, portée par son ambition davantage que par son intensité dramatique.

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