La Tour de Glace
Vu
7 novembre 2025 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Lucile Hadžihalilović
Durée
118′
Casting
M.Cotillard, C.Pacini, A.Diehl, G.Noé
Un conte glacé, fascinant mais frustrant
Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2025, où il a remporté l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique, La Tour de Glace promettait un voyage hypnotique dans l’univers des contes de fées. Pourtant, contrairement à de nombreuses critiques, le film laisse un goût d’inachevé. Sans doute suis-je passé à côté d’un chef-d’œuvre que je n’ai pas su saisir, mais l’expérience cinématographique reste, au mieux, mitigée.
Le récit suit Jeanne, une adolescente fugueuse qui quitte son orphelinat perché dans les montagnes pour rejoindre la ville. En s’introduisant sur le plateau d’une adaptation du conte d’Andersen La Reine des Neiges, elle rencontre Cristina, l’actrice principale incarnant la reine glaciale, et se fait passer pour une figurante. Une relation complexe et ambiguë s’installe entre les deux femmes, oscillant entre fascination, admiration et tension subtilement sensuelle. Le film se nourrit ainsi du double jeu entre réalité et fiction, cherchant à faire miroir au conte originel dans un jeu de reflets parfois troublant.

Visuellement, le film est un régal: décors somptueux, costumes millimétrés et photographie minutieuse font de chaque plan un tableau glacé d’une beauté presque obsessionnelle. Marion Cotillard, dans le rôle de Cristina, éblouit dans sa robe de velours et ses reflets glacés, tandis que Clara Pacini incarne Jeanne avec une délicatesse touchante. La mise en scène de Hadžihalilović, fidèle à son goût pour le détail et les atmosphères étranges, crée une enveloppe esthétique foisonnante qui captive les sens. La texture des images, du cristal de glace aux paysages enneigés, confirme le talent technique de la réalisatrice et son sens du cadre, offrant de longs moments contemplatifs où l’œil se régale.
Pourtant, ce soin formel se retourne contre le film. La narration est trop lâche pour soutenir près de deux heures de projection. La première partie, sans véritable direction, peine à accrocher, et la lenteur du récit, ponctuée de dialogues interminables et de scènes d’exposition peu pertinentes, finit par lasser. La deuxième moitié, saturée d’effets oniriques et de montages disloqués, s’éparpille, laissant la fin confuse et frustrante. La richesse des idées sur l’abandon, la solitude ou les dynamiques familiales et amoureuses se dilue dans une ambition visuelle trop envahissante.

La Tour de Glace oscille donc entre émerveillement et désillusion. Si la relation entre Jeanne et Cristina intrigue et suscite quelques moments d’émotion sincère, le film peine à transformer cette fascination en récit convaincant. La beauté glaciale des images ne compense pas l’absence de substance narrative, et le spectateur, malgré son immersion dans un monde poétique et sophistiqué, se retrouve souvent en retrait.
En résumé, Hadžihalilović signe une œuvre fascinante par sa texture et sa mise en scène, mais trop ambitieuse pour son propre bien. Le film séduit par ses détails et sa contemplation des contes de fées, mais se perd dans sa propre virtuosité. Un spectacle visuellement impressionnant, certes, mais qui laisse une impression de vide et de frustration pour ma part.

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