The Ugly Stepsister

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Quand le conte de fées se décompose

Dans The Ugly Stepsister, la réalisatrice norvégienne Emilie Blichfeldt revisite le mythe de Cendrillon en le plongeant dans un univers de cauchemar corporel, où la beauté devient une malédiction et la chair un champ de bataille. Ce film, à la croisée du conte et du body horror, dissèque l’obsession contemporaine pour la perfection, dans une atmosphère à la fois féérique et poisseuse. La fable romantique se mue ici en tragédie organique, une métamorphose saisissante où la magie du conte se décompose sous le scalpel du réel.

Dès ses premières images, Blichfeldt impose une vision d’une radicalité déroutante. Son héroïne, Elvira, s’enfonce dans une spirale de mutilations et de transformations, persuadée qu’une beauté absolue la sauvera du mépris et de l’humiliation. Mais derrière chaque incision, derrière chaque éclat de miroir, se profile une vérité plus cruelle: celle d’un corps qui se rebelle, d’une identité qui se dissout. Ce conte inversé ne cherche jamais à rassurer. Il expose avec un mélange d’élégance et de dégoût les contradictions d’une époque obsédée par son propre reflet.

Le film joue sans cesse avec les paradoxes: laideur et grâce, désir et dégoût, amour et auto-destruction. Blichfeldt renverse les archétypes. La “méchante” demi-sœur devient ici victime de sa propre folie, manipulée par une mère aveuglée par le culte de l’apparence. L’autre sœur, plus lucide, observe ce spectacle de vanité avec une inquiétude croissante. C’est peut-être là que le film trouve sa véritable puissance: dans le regard impuissant de celles et ceux qui voient une beauté se consumer.

Sur le plan esthétique, The Ugly Stepsister fascine par la cohérence de son univers visuel. Les décors semblent tirés d’un rêve gothique: corridors d’ombre, bal étincelant, miroirs fissurés, robes d’un autre siècle. Chaque plan est composé comme une toile baroque, où l’excès et la délicatesse cohabitent. La lumière, souvent irréelle, éclaire autant qu’elle corrompt. Dans ce théâtre des vanités, la caméra épouse la peau, s’attarde sur les détails organiques, explore le corps comme un territoire de peur et de désir. L’expérience n’est pas seulement visuelle: elle devient presque tactile, sensorielle, parfois insupportable.

Blichfeldt ne se contente pas de choquer. Elle interroge la morale des contes et leur héritage empoisonné. Cendrillon n’est plus l’innocente récompensée par la beauté, mais la victime d’un monde qui ne pardonne aucune imperfection. Le film ne prêche pas: il inflige, il trouble, il dérange. Certaines séquences flirtent peut-être avec la redite, certaines images s’enfoncent dans la démesure, mais cette insistance fait partie de son geste artistique. The Ugly Stepsister ne veut pas séduire: il veut marquer.

Il en résulte une œuvre d’une intensité rare, imparfaite mais viscérale, qui redonne au conte de fées sa puissance subversive. Derrière la monstruosité, Blichfeldt redécouvre une forme de vérité: celle d’un monde où la beauté n’est qu’une illusion cruelle et fragile. Son film, dérangeant et splendide à la fois, s’impose comme une parabole moderne sur le regard, la chair et le pouvoir destructeur du désir. Une expérience inoubliable — troublante, excessive, mais d’une beauté sombre et magnétique.

Scénario
4/5

Acting
3.5/5

Image
4/5

Son
3/5

Note globale
72.5%

Emilie Blichfeldt transforme le mythe de Cendrillon en une plongée dérangeante dans l’obsession moderne de la beauté. À travers l’histoire d’une jeune femme dévorée par son désir de perfection, le film explore la frontière entre grâce et monstruosité, amour et autodestruction. Porté par une esthétique baroque et sensorielle, The Ugly Stepsister révèle la cruauté cachée derrière les contes et l’illusion du corps idéal. Une œuvre viscérale, troublante et d’une sombre splendeur.

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