The Roses

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Jay Roach dissèque le couple avec gants de velours

Derrière la façade soignée d’une maison de rêve et d’un couple envié, The Roses déploie peu à peu une guerre conjugale à la fois cruelle et feutrée. Jay Roach revisite ici le roman de Warren Adler avec une élégance acide, où l’amour s’effrite au rythme des ambitions contrariées et des rancunes enfouies. Ce qui commence comme une comédie de mœurs se transforme en tragédie domestique, une autopsie lente et impitoyable du lien conjugal.

Theo, architecte en perte de vitesse, voit sa carrière s’effondrer tandis qu’Ivy, son épouse, s’impose comme cheffe reconnue et femme d’affaires prospère. Le basculement des rôles ébranle leur équilibre, et les fissures se multiplient: un mot de trop, un regard qui blesse, une porte qui claque. Bientôt, la maison devient un champ de bataille silencieux. La mise en scène, d’abord élégante, se charge peu à peu d’une tension nerveuse, traduisant la lente désintégration du couple.

Le film repose en grande partie sur la performance de ses deux interprètes. Olivia Colman et Benedict Cumberbatch composent un duo fascinant, tour à tour vulnérable, ironique et féroce. Dans leurs silences comme dans leurs éclats, ils rendent palpable le glissement de l’amour vers la haine, de la complicité vers la rivalité. Cumberbatch excelle dans la retenue blessée d’un homme dépassé par l’émancipation de son épouse, tandis que Colman incarne avec justesse la revanche douce-amère d’une femme longtemps sous-estimée.

Jay Roach maîtrise habilement le ton du film, oscillant entre humour noir et drame conjugal. Mais cette hésitation permanente, si elle maintient une tension subtile, affaiblit parfois la portée émotionnelle du récit. Là où l’on attendait un vertige cruel, ne reste souvent qu’une ironie distante. Le réalisateur semble craindre d’aller trop loin dans la démesure, là où le sujet aurait gagné à être plus audacieux, plus dérangeant.

Visuellement, The Roses brille par sa composition et son raffinement: chaque pièce de la maison, chaque objet du quotidien devient témoin de la rupture. Pourtant, cette beauté millimétrée finit par étouffer. Tout est trop propre, trop contrôlé, comme si le film, à force de soigner son apparence, peinait à en explorer les failles. La mise en scène s’enferme dans un esthétisme qui gomme parfois la brutalité des émotions qu’elle prétend révéler.

Malgré tout, certaines scènes frappent par leur justesse: un dîner qui tourne à la joute, une dispute dans l’obscurité, un simple geste de tendresse aussitôt réprimé. Dans ces moments suspendus, The Roses retrouve la force de son sujet — celle d’un amour usé, d’un lien qui ne se défait qu’à travers la douleur.

En définitive, The Roses charme autant qu’il frustre. Derrière ses dialogues ciselés et ses performances impeccables, il manque un grain de folie, une violence émotionnelle plus assumée. On en ressort avec le sentiment d’avoir assisté à une belle œuvre polie, élégante, mais inachevée — un miroir sans éclats d’un amour qui se meurt à petit feu.

Scénario
3/5

Acting
4/5

Image
3.5/5

Son
3/5

Note globale
67.5%

Sous son vernis élégant, The Roses explore la lente destruction d’un couple que la réussite fait vaciller. Jay Roach signe une tragédie domestique raffinée, portée par un duo exceptionnel — Olivia Colman et Benedict Cumberbatch — dont la tension fait vibrer chaque silence. Malgré une mise en scène soignée et des dialogues précis, le film peine à libérer toute la rage et la folie de son sujet. Beau, maîtrisé, mais trop contenu, il fascine autant qu’il laisse à distance.

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