Honey, Don’t!
Vu
13 septembre 2025 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Ethan Coen
Production
Focus Features
Casting
M.Qualley, A.Plaza, C.Evans, C.Day, T.Ryder
Margaret Qualley en détective magnétique, mais piégée par un scénario creux
Avec Honey Don’t!, Ethan Coen poursuit son aventure en solo, loin de la collaboration fraternelle qui a fait sa renommée. Présenté comme le deuxième volet d’une trilogie de « lesbian B-movies » coécrite avec Tricia Cooke, le film s’avance comme un néo-noir décalé, sensuel et ironique. Mais derrière ses atours stylisés, il peine à convaincre et laisse l’amère impression d’un exercice fragmenté, artificiel et trop souvent creux.
L’intrigue suit Honey O’Donahue, détective privée incarnée par Margaret Qualley, qui enquête sur une série de morts suspectes dans une ville poussiéreuse de Californie. Entre un accident de voiture douteux, un pasteur charismatique aux penchants douteux et la disparition d’un proche, les pistes s’accumulent sans jamais s’imbriquer de façon satisfaisante. Ce qui devrait s’imposer comme un récit haletant se dilue en un enchaînement d’épisodes disparates, où chaque scène semble exister pour elle-même sans servir de véritable fil conducteur.

Pourtant, sur le papier, tout semblait réuni pour un hommage ludique au film noir: une photographie soignée qui capte les tons délavés de Bakersfield, une bande originale mystérieuse signée Carter Burwell, des costumes rétro-chic parfaitement ajustés et un casting éclectique réunissant Aubrey Plaza, Chris Evans ou encore Charlie Day. Mais la somme de ces éléments n’aboutit jamais à une œuvre cohérente. Là où les frères Coen savaient marier burlesque et noirceur avec une précision diabolique, Ethan paraît hésiter entre pastiche, comédie absurde et satire sociale, sans choisir de cap clair.
Le problème vient surtout du scénario. Les dialogues, censés être vifs et ciselés, oscillent entre clichés et platitudes. Certaines idées auraient pu fonctionner si elles avaient été poussées jusqu’au bout: la critique de l’hypocrisie religieuse à travers le personnage de Chris Evans, prêcheur lubrique et caricatural, tombe à plat faute de nuance ; les détours par la politique américaine se réduisent à des clins d’œil lourds et explicites, dépourvus de la subtilité ironique qui faisait la force des films passés. On rit parfois, mais trop rarement, et surtout jamais avec l’impression que cela est pleinement maîtrisé.

La distribution ne parvient pas à sauver l’ensemble. Qualley, pourtant magnétique, se débat avec un rôle qui lui offre plus de postures que de profondeur. Aubrey Plaza apporte un certain mordant à son personnage de policière asociale, mais leur relation amoureuse, censée injecter intensité et fraîcheur, évolue de façon incohérente et finit par perdre toute crédibilité. Quant à Evans, il s’égare dans un cabotinage embarrassant, loin de la subtilité de ses récents choix de carrière.
Il reste bien quelques éclairs: une atmosphère campy qui rappelle les séries B des années 70, quelques séquences de violence réjouissantes par leur outrance, une ironie visuelle ici ou là. Mais ce sont des étincelles isolées, incapables de masquer la vacuité d’un récit trop dispersé. Là où un Big Lebowski ou un Raising Arizona savaient donner sens au chaos, Honey Don’t! ne fait que tourner à vide.
En définitive, le film ressemble à son héroïne: séduisant en apparence, mais incertain dans sa direction. Plus qu’un hommage décalé, il devient un objet maladroit, ni drôle, ni palpitant, ni véritablement audacieux. Un rendez-vous manqué qui confirme qu’Ethan Coen, sans son frère, semble encore chercher sa voix.

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