The Studio
Episodes vus
10/10
Année
2025
Réalisation
S.Rogen & E.Goldberg
Production
Apple TV+
Casting
S.Rogen, C.Sui Wonders, I.Barinholtz, K.O’Hara, B.Cranston
Feu d’artifice de gags, de stars et de mise en scène
Dans l’histoire de la comédie télévisée, rares sont les séries capables de conjuguer satire mordante et pur plaisir visuel avec autant d’aplomb que The Studio. Portée par Seth Rogen et son complice de toujours Evan Goldberg, cette création Apple TV+ nous entraîne dans les coulisses d’Hollywood à travers une farce trépidante, où l’art et le commerce s’affrontent sans relâche. Le résultat est une ode chaotique mais fascinante au septième art, pleine de trouvailles visuelles et de personnages hauts en couleur.
Rogen incarne Matt Remick, un cadre passionné de cinéma propulsé au sommet de la fictive Continental Studios. En théorie, il rêve de défendre une vision artistique exigeante ; en pratique, il se retrouve contraint de produire des films absurdes dictés par la logique des marques et du marché, comme une adaptation du Kool-Aid Man. Ce dilemme entre idéal et cynisme alimente l’essentiel de la série: Matt, héritier spirituel des losers attachants que Rogen a souvent incarnés, navigue maladroitement entre crises internes, egos surdimensionnés et désastres industriels. Son duo avec Patty (Catherine O’Hara, irrésistible en mentor déchue) incarne le cœur émotionnel de cette satire: deux amoureux du cinéma confrontés à une machine qui l’écrase sous son propre poids.

Ce qui distingue The Studio de nombreuses satires hollywoodiennes récentes, c’est sa forme. Chaque épisode ose des expérimentations visuelles ambitieuses: plans-séquences virtuoses, pastiches de néo-noir, clins d’œil à la screwball comedy* ou aux grandes fresques des années 70. La caméra ne se contente jamais de filmer des bureaux: elle circule à travers parkings, décors et couloirs labyrinthiques, soulignant le chaos permanent dans lequel baignent ces producteurs en quête de contrôle. L’énergie de la mise en scène, parfois épuisante, confère à la série une identité immédiate et audacieuse.
*Une screwball comedy est une comédie américaine des années 1930-40, caractérisée par des dialogues rapides, des situations absurdes, une inversion des rôles traditionnels de genre et des quiproquos amoureux, mêlant satire sociale et romance.
La distribution contribue largement au plaisir. Outre O’Hara, Bryan Cranston s’amuse en patron mégalomane figé dans les années 70, Kathryn Hahn explose en directrice marketing hystérique et Ike Barinholtz incarne avec brio un exécutif cocaïné plus préoccupé par ses punchlines que par son travail. Autour d’eux, une pluie de caméos — de Martin Scorsese à Charlize Theron en passant par Ron Howard, Zac Efron ou encore Zoë Kravitz — ajoute une dimension ludique, chaque invité jouant malicieusement avec sa propre image. Ces apparitions, loin d’être gratuites, nourrissent l’esprit méta du projet et renforcent l’impression d’assister à un feu d’artifice orchestré de main de maître.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. L’obsession de la série pour Matt limite parfois l’épaisseur des personnages secondaires, qui manquent de développement en dehors de quelques intrigues isolées. De plus, son rythme effréné, ses gags souvent volontairement idiots et ses références très “cinéphiles” risquent d’épuiser ou de désarçonner les spectateurs moins familiers des arcanes hollywoodiens. Mais même dans ses excès, The Studio demeure spectaculaire, drôle et techniquement éblouissante.
Au-delà des blagues et des quiproquos, une mélancolie affleure: celle d’un Hollywood en perte de repères, où l’héritage du cinéma semble se dissoudre dans la course aux profits et aux contenus jetables. Pourtant, dans ce chaos orchestré, persiste un cri du cœur: le cinéma compte encore, il rassemble et il fait rêver. Rogen et Goldberg rappellent que, malgré toutes les absurdités de l’industrie, il reste une part de magie à préserver.
En fin de compte, The Studio réussit son pari: livrer une satire féroce mais attachante, aussi hilarante qu’intelligente, où la démesure cache une véritable déclaration d’amour au cinéma. Tout sauf parfaite, mais toujours surprenante, elle mérite pleinement sa place parmi les comédies les plus marquantes de l’année.

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