Late Shift
Vu
5 septembre 2025 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Petra Biondina Volpe
Production
Tobis Film
Casting
L.Benesch, S.Riesen, U.Bihler, J.Plüss
Héroïne en blouse blanche
Le cinéma a souvent exploré les couloirs des hôpitaux, mais rarement avec une telle intensité. Avec Late Shift, Petra Volpe s’attache à une nuit dans la vie de Floria, infirmière débordée au service chirurgical d’un grand hôpital de Zurich. Loin du spectaculaire habituel des drames médicaux, le film met en lumière l’invisible: la fatigue, la pression et l’endurance quotidienne des soignants, tout en rendant hommage à une profession qui se consume dans l’ombre.
Floria, incarnée par l’impressionnante Leonie Benesch, est le cœur battant de cette fresque intime. Dès son entrée en scène – des baskets neuves aux pieds, une blouse immaculée sur le dos – elle apparaît comme une professionnelle modèle: efficace, attentive, rassurante. Elle se souvient des détails qui humanisent son métier, comme apporter des friandises aux enfants ou prêter une oreille bienveillante à un vieil homme esseulé. Mais derrière ce masque de maîtrise, le spectateur devine les failles d’une femme au bord de l’épuisement, prête à craquer à tout instant.

La mise en scène épouse le rythme effréné de la nuit: patients anxieux, familles exigeantes, collègues absents, une interne à superviser et des urgences qui s’accumulent. Chaque couloir parcouru par Floria est un carrefour d’émotions, chaque porte ouverte une nouvelle tension. La caméra de Judith Kaufmann glisse derrière elle, saisissant l’énergie fébrile d’un service qui fonctionne en sous-effectif chronique. Le montage nerveux de Hansjörg Weissbrich accentue cette impression d’étouffement, soutenu par la partition hypnotique d’Emilie Levienaise-Farrouch, oscillant entre pulsations mécaniques et nappes plus atmosphériques.
L’écriture, parfois schématique, aligne une galerie de patients emblématiques: le vieil homme en attente d’un diagnostic, la mère en fin de vie entourée de ses fils oppressants, la jeune femme cancéreuse qui hésite à poursuivre ses traitements, ou encore le riche patient capricieux, caricatural dans son arrogance. Certaines de ces figures manquent de subtilité, et le scénario frôle parfois les codes du soap médical. Pourtant, ce sont les instants plus modestes – un geste tendre, une chanson murmurée, un foulard déposé sur un corps inanimé – qui donnent au film sa véritable force émotionnelle.

Le choix du titre original, Heldin (“héroïne”), en dit long sur la démarche de Volpe: élever une infirmière de nuit au rang d’héroïne tragique, non pas par des exploits extraordinaires, mais par la constance et la dignité avec lesquelles elle affronte une tâche impossible. Cette héroïsation n’a rien de grandiloquent: elle passe par l’usure des baskets blanches, la brièveté d’un effondrement retenu, ou le retour résolu au travail après une minute de larmes volées.
En filigrane, Late Shift interroge la fragilité des systèmes de santé contemporains. La Suisse, pourtant dotée d’un des services hospitaliers les plus performants d’Europe, peine déjà à répondre aux besoins de ses patients. Volpe conclut sur une note alarmante, rappelant la crise du personnel soignant et l’impossibilité de continuer à exiger toujours plus de ceux qui tiennent, au quotidien, la vie entre leurs mains.
Si le film n’évite pas quelques clichés, il séduit par son souffle, son intensité et surtout par la prestation lumineuse de Leonie Benesch. À travers elle, l’ordinaire prend une dimension héroïque, et l’usure d’un métier devient matière à cinéma. Late Shift est à la fois un hommage et un avertissement, une plongée captivante dans un monde où chaque minute compte.

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