Eenie Meanie

Vu

Année

Réalisation

Production

Casting

L’ombre de Baby Driver, sans la musique ni le style

Le cinéma de casse repose souvent sur un fragile équilibre entre tension, adrénaline et charisme. Eenie Meanie, premier long métrage de Shawn Simmons, semblait cocher toutes les cases pour une variation contemporaine du genre: une héroïne au passé criminel, un gangster retors, un amant encombrant, un braquage de casino à haut risque. Pourtant, derrière cette promesse de spectacle haletant, le film s’effondre sous le poids d’un scénario laborieux et de personnages peu engageants, qui transforment ce qui aurait pu être un divertissement nerveux en exercice fade et frustrant.

Au centre du récit se trouve Edie Meaney (Samara Weaving), ancienne prodige du volant, surnommée « Eenie Meanie » par le mafieux Nico (Andy Garcia). Après avoir fui la délinquance et tenté de se reconstruire à Cleveland comme employée de banque et étudiante, Edie apprend qu’elle est enceinte. Le père ? John (Karl Glusman), petit escroc pathétique dont l’inconstance ruine depuis toujours ses projets d’avenir. Décidée à tourner la page, elle le confronte une dernière fois… mais se retrouve embarquée malgré elle dans une spirale criminelle qui la ramène directement dans l’orbite de Nico. Rapidement, la jeune femme est contrainte d’endosser à nouveau son rôle de conductrice hors pair pour un braquage de trois millions de dollars.

Sur le papier, l’arc narratif semble prometteur, notamment avec ce dilemme moral: rester fidèle à son désir de normalité ou retomber dans les travers d’un passé toxique. Mais Simmons enchaîne les clichés sans jamais les dépasser. L’intrigue ne fait que rejouer des situations archiconnues, où chaque choix d’Edie semble dicté par un scénariste désireux de la faire échouer, quitte à sacrifier toute cohérence psychologique. Le film se plaît à souligner que l’héroïne pourrait briser les cycles qui l’enchaînent, mais il la condamne à tourner en rond dans une romance étouffante et un sacrifice permanent pour un homme qu’aucun spectateur n’a réellement envie de voir sauver.

L’une des plus grandes faiblesses du film réside d’ailleurs dans son duo central. Samara Weaving apporte une intensité indéniable à Edie, mais Karl Glusman campe un John si antipathique et inconsistant qu’il mine toute alchimie. Difficile de s’investir émotionnellement dans une relation qui ne fait que souligner l’aveuglement et la soumission de l’héroïne. Autour d’eux, une galerie de seconds rôles prometteurs – Marshawn Lynch, Chris Bauer, Dean Winters – se voit réduite à des apparitions ternes, incapables d’apporter la moindre étincelle. Seul Steve Zahn, en père autrefois délinquant devenu homme rangé, parvient à insuffler une présence sincère et mémorable.

Visuellement, Eenie Meanie oscille entre efficacité fonctionnelle et paresse formelle. Quelques poursuites en voiture réussissent à faire vibrer l’écran, mais elles arrivent trop tard et trop sporadiquement pour compenser les longs passages bavards. Là où un Edgar Wright ou même un Tarantino parviennent à styliser les dialogues ou dynamiser l’action par une mise en scène inventive, Simmons se contente de singer leurs codes sans en maîtriser l’énergie. Le résultat donne un film qui parle beaucoup mais ne dit pas grand-chose.

Il reste, çà et là, quelques éclats: un regard de Samara Weaving qui laisse deviner une vie de blessures et de regrets, une scène tendre avec Zahn qui effleure la possibilité d’un autre film, plus intime et plus vrai. Mais ces instants isolés se perdent dans un ensemble qui ressemble davantage à une copie fatiguée de Baby Driver qu’à une œuvre capable de s’imposer par elle-même.

En définitive, Eenie Meanie n’est pas un désastre total, mais il peine à dépasser le stade de l’ersatz. Trop mécanique pour être palpitant, trop condescendant envers son héroïne pour être émouvant, il laisse surtout le souvenir d’une occasion manquée. Malgré le talent de Samara Weaving, il ne reste qu’un heist movie convenu, déjà-vu et rapidement oublié.

Scénario
1.5/5

Acting
3/5

Image
3/5

Son
1.5/5

Note globale
45%

Avec Eenie Meanie, Shawn Simmons signe un premier long métrage qui semblait promettre un heist movie haletant, mais qui s’effondre dans la banalité. Malgré l’intensité de Samara Weaving, le scénario accumule clichés et incohérences, étouffant toute tension dramatique. Les seconds rôles s’avèrent sous-exploités et la mise en scène peine à trouver une identité propre. Reste l’impression d’un film mécanique et vite oubliable, loin du souffle espéré.

Laisser un commentaire