Babes
Vu
11 août 2025 – À domicile
Année
2024
Réalisation
Pamela Adlon
Production
Neon
Casting
I.Glazer, M.Buteau, S.James, H.Minhaj, O.Platt, J.Carroll Lynch
Quand le stand-up étouffe le cinéma
Ilana Glazer et Michelle Buteau ont voulu faire de Babes une comédie tendre et effrontée sur l’amitié féminine, la maternité et les bouleversements qu’elle entraîne. Sur le papier, la promesse est séduisante: deux meilleures amies new-yorkaises confrontées aux joies et aux galères de la grossesse et de la parentalité. Mais si l’idée de départ recèle un vrai potentiel, le résultat final peine à convaincre, oscillant entre humour forcé et situations poussées à l’excès.
Le film s’ouvre sur une scène censée donner le ton: Dawn (Buteau), enceinte jusqu’aux yeux, perd les eaux en plein restaurant. Au lieu de filer à l’hôpital, elle poursuit coûte que coûte un dîner entre copines, ce qui entraîne une suite de gags bruyants et poussifs. Cette entrée en matière illustre déjà la faiblesse du projet: ce qui pouvait être une observation comique devient une démonstration outrancière, où le gag écrase le naturel.

En parallèle, Eden (Glazer), célibataire exubérante, finit par vivre une aventure d’un soir qui la laisse, elle aussi, enceinte. À partir de là, le film juxtapose deux parcours: celui de Dawn, débordée entre son mari (Hasan Minhaj), un bébé et un fils aîné en pleine régression, et celui d’Eden, propulsée dans une maternité inattendue sans père en vue. Leurs trajectoires croisées auraient pu offrir un miroir subtil des défis de la parentalité, mais l’écriture s’enferme dans des séquences trop bavardes et des dialogues qui ressemblent davantage à des sketches recyclés qu’à de véritables scènes de cinéma.
Il faut dire que Babes garde l’empreinte trop visible du stand-up dont ses autrices et actrices sont issues. Là où une série télévisée ou un spectacle peut s’autoriser des apartés et des digressions, un film exige un rythme, une progression et une économie de moyens qui font défaut ici. Les conversations à rallonge entre Glazer et Buteau, ou avec des seconds rôles anecdotiques, diluent l’intrigue et fatiguent rapidement le spectateur. Même la présence de Sandra Bernhard, cantonnée à un rôle minuscule, apparaît comme un gaspillage.

Cela dit, le film n’est pas dénué de fulgurances. Certaines trouvailles, comme l’idée délirante d’un accouchement thématisé « bal de promo », fonctionnent par leur absurdité assumée. Quelques répliques, portées par le charisme naturel de Buteau et l’énergie de Glazer, arrachent des sourires. Et derrière les excès comiques, on devine une sincérité touchante dans la volonté de célébrer l’amitié féminine comme un refuge face aux épreuves de la vie.
Mais ces moments restent noyés dans une mise en scène brouillonne et un humour inégal. L’aspect « brut » de la grossesse et de l’accouchement est abordé sans fard, ce qui pourrait être rafraîchissant, mais finit par ressembler à une succession d’anecdotes médicales peu inspirées. Quant aux enjeux dramatiques – jalousie du fils aîné, tensions conjugales, solitude d’Eden – ils sont esquissés sans jamais être vraiment approfondis.
En définitive, Babes se veut une comédie moderne et décomplexée sur la maternité et l’amitié, mais ne dépasse guère le stade de la farce maladroite. Quelques éclats isolés rappellent le talent de ses interprètes, pourtant mieux mis en valeur ailleurs, dans leurs propres séries ou sur scène. Sur grand écran, leur complicité perd de sa fraîcheur et laisse place à une impression d’artificialité.

Si vous avez aimé : Tully (2018), Workin’ Moms (2017), SMILF (2017), Fleabag (2016), Obvious Child (2014), The Opposite of Sex (1998), Single White Female (1992)

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