Eden

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Île de Floreana – Laboratoire d’ego et de folie

Il y a quelque chose de profondément fascinant dans les histoires de naufragés volontaires, ces âmes qui décident de tourner le dos à la civilisation pour bâtir une nouvelle existence loin des regards. Le film Eden de Ron Howard s’empare de ce mythe avec une promesse séduisante: transformer la véritable expérience du docteur allemand Friedrich Ritter et de sa compagne Dore Strauch, partis s’installer sur l’île déserte de Floreana à la fin des années 1920, en un thriller de survie psychologique et vénéneux. Avec un casting prestigieux et un décor propice à l’affrontement des egos, l’entreprise avait de quoi captiver. Mais si l’expédition intrigue au départ, elle finit par sombrer dans les eaux troubles d’un récit trop hésitant, coincé entre satire, mélodrame et suspense mal assumé.

Dès les premières scènes, le film séduit par son exposition. Jude Law incarne Ritter, philosophe suffisant et autoritaire, décidé à fuir une Allemagne en déliquescence pour prouver la viabilité d’un mode de vie radicalement neuf. À ses côtés, Vanessa Kirby apporte une fragilité combative à Dore, elle-même convaincue que le climat de l’île pourrait apaiser sa sclérose en plaques. Leur isolement, d’abord présenté comme une expérience utopique, est bientôt perturbé par l’arrivée du vétéran Heinz Wittmer (Daniel Brühl), de sa jeune épouse Margaret (Sydney Sweeney) et de son fils malade. Alors que le groupe tente d’organiser une coexistence précaire, une figure plus extravagante débarque: la baronne Eloise (Ana de Armas), suivie de ses serviteurs et de ses ambitions délirantes d’hôtel de luxe.

La dynamique qui s’installe évoque un huis clos à la Agatha Christie, où chaque personnage impose sa vision de l’île au détriment des autres. Les tensions montent, les croyances s’entrechoquent et le vernis d’idéalisme cède rapidement la place à la méfiance, à la cruauté et à la folie. Malheureusement, Howard peine à trouver le bon ton pour orchestrer ce chaos. Là où un réalisateur plus acide aurait assumé la satire ou la noirceur, le film se disperse dans un mélange d’influences mal digérées: par moments un drame existentiel, parfois une comédie involontaire, ailleurs un thriller qui ne sait jamais vraiment s’affirmer.

Les performances reflètent cette confusion. Jude Law se lance avec courage dans un rôle ingrat mais finit par rendre son personnage plus agaçant que fascinant. Ana de Armas, quant à elle, compose une baronne théâtrale mais trop caricaturale pour être inquiétante. Vanessa Kirby reste trop en retrait, alors qu’elle aurait pu porter une dimension plus acérée et ironique. Seule Sydney Sweeney parvient à donner à Margaret une humanité constante, la transformant en repère de stabilité dans une atmosphère délétère. Sa trajectoire, confirmée par les images d’archives finales montrant qu’elle a réellement survécu sur l’île jusqu’à sa mort en 2000, laisse un écho poignant que le reste du film peine à égaler.

Il faut toutefois reconnaître à Howard quelques instants de bravoure: une séquence d’accouchement d’une intensité crue, des éclats de violence inattendus et une photographie qui met en valeur la beauté inquiétante des Galápagos. Mais ces fulgurances se perdent dans un récit trop long, miné par des répétitions et un manque de subtilité dans l’écriture. À force de vouloir montrer la descente aux enfers de ses protagonistes, le film finit par user le spectateur plus qu’il ne l’hypnotise.

Eden n’est pas un naufrage complet. Le film intrigue, amuse parfois et offre quelques performances solides, mais il reste prisonnier d’une approche maladroite qui ne parvient jamais à embrasser pleinement la noirceur de son sujet. Une expédition audacieuse mais inaboutie, qui laisse le spectateur partagé entre curiosité et frustration.

Scénario
2/5

Acting
3.5/5

Image
4/5

Son
2/5

Note globale
57.5%

Le film Eden de Ron Howard revisite l’histoire vraie d’un couple allemand ayant fui la civilisation pour s’installer sur l’île de Floreana, avant que d’autres colons ne viennent troubler leur isolement. Promis comme un huis clos haletant, le récit hésite entre drame, satire et thriller, sans jamais trouver une tonalité claire. Malgré quelques scènes intenses et une photographie impressionnante, l’ensemble reste inégal, sauvé par certaines performances mais affaibli par une écriture trop confuse.

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