Hot Milk
Vu
5 août 2025 – Sauvenière (Liège)
Année
2025
Réalisation
Rebecca Lenkiewicz
Production
Mubi
Casting
E.Mackey, V.Krieps, F.Shaw, V.Perez, P.Ferran
Les silences de la dépendance
Sous le soleil aveuglant de la côte andalouse, une mère et sa fille cherchent un remède. Pas tant à une maladie physique qu’à un lien familial rongé par la dépendance et l’ambiguïté. Hot Milk, premier long métrage de Rebecca Lenkiewicz, adapte le roman de Deborah Levy avec une ambition claire: ausculter, dans un écrin sensuel, les tensions invisibles entre soin et emprise, tendresse et contrôle. Mais à force de vouloir trop capter, le film peine à atteindre l’essentiel.
Rose ne marche plus. Elle souffre d’un mal aussi mystérieux que fluctuant, et entraîne avec elle sa fille Sofia dans un centre de traitement privé sur les rivages espagnols. Là, entre les séances d’un docteur aussi charmant qu’opaque, Sofia erre, observe, se consume lentement. Étudiante en anthropologie, serveuse à ses heures perdues, elle semble chercher une issue — à sa condition, à sa mère, à elle-même. Mais le récit, au lieu de resserrer son propos autour de cette relation centrale, se disperse dans des pistes secondaires peu creusées.

La photographie soignée et la musique singulière d’Andrew Herbert instaurent une atmosphère presque hypnotique. La chaleur, les cris de chiens, les sons incongrus forment un paysage sensoriel prenant. Certains plans, d’une poésie fragile, témoignent d’une réelle vision. Pourtant, ce charme formel n’efface pas la sensation de flou narratif. De scène en scène, l’intrigue saute d’un fil à l’autre, enchaînant les ellipses et les fragments, sans jamais offrir au spectateur le temps de s’installer.
Le personnage de Sofia, interprété par Emma Mackey, reste insaisissable, non par subtilité mais par manque de cohérence dramaturgique. Écartelée entre la figure maternelle et ses désirs naissants, elle traverse l’écran avec une passivité frustrante. Sa rencontre avec l’énigmatique Ingrid (Vicky Krieps), expatriée allemande au charme trouble, aurait pu être un déclencheur intérieur ; elle devient un détour de plus. Les pistes symboliques – méduses, mythes grecs, broderies aux doubles sens – surgissent sans élan, comme des échos étouffés de ce que le roman exprimait de manière plus incarnée.

Fiona Shaw, en revanche, impose une Rose ambivalente, autoritaire et vulnérable, entre pathos et manipulation. Son jeu, tout en regards tranchants et mots blessants, donne au film ses rares instants de tension véritable. Mais ces moments sont noyés dans un montage trop haché, une mise en scène qui fuit le silence et la durée. Or, c’est précisément dans ces espaces suspendus que le malaise aurait pu s’installer, dans ces creux que la complexité du lien filial aurait pu s’épanouir.
Au final, Hot Milk ressemble à son propre titre: une matière tiède, qui aurait pu être nourrissante, mais qui laisse une impression d’inachevé. Trop fidèle au texte originel ou pas assez radical dans son adaptation, le film survole ce qu’il aurait dû fouiller. Le trio d’actrices méritait mieux. Le spectateur aussi.

Si vous avez aimé : Little Bird (2023), The Lost Daughter (2021), Volver (2006), Tideland (2005), My Life Without Me (2003), Breaking the Waves (1996), The Secret Garden (1993)

Laisser un commentaire