Mountainhead
Vu
27 juillet 2025 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Jesse Armstrong
Production
HBO Films
Casting
S.Carell, J.Schwartzman, C.M.Smith, R.Youssef
La comédie humaine au sommet du vide
La satire n’a jamais eu la tâche facile dans un monde qui frôle lui-même l’absurde. Avec Mountainhead, Jesse Armstrong, créateur de Succession, réunit quatre figures du capitalisme technologique dans un chalet high-tech isolé pour un week-end d’« amitié » et de poker, tandis qu’au dehors, la planète bascule sous l’effet de leurs décisions. L’idée, vertigineuse sur le papier, semble pourtant souffrir ici de son propre cynisme.
Armstrong connaît son sujet: mégalomanie, darwinisme social, déni affectif et langage corporate font partie intégrante de sa grammaire. Mais là où Succession faisait jaillir le drame et le grotesque d’un cadre familial instable, Mountainhead peine à réinventer la farce des puissants. Tous les ingrédients du genre sont présents — jets privés, chalet vitré, insultes déguisées en traits d’esprit, crise d’égo et apocalypse imminente — mais ils sont délayés dans une ambiance de déjà-vu qui finit par anesthésier plutôt que provoquer.

Les personnages, fusion de figures bien connues de la tech, sont incarnés avec une verve inégale. Steve Carell campe un investisseur militaire bouffi d’orgueil et d’illusions transhumanistes ; Jason Schwartzman incarne un hôte à la fois servile et pathétique ; Ramy Youssef apporte un semblant d’humanité à un entrepreneur IA à peine moins toxique que les autres ; et Cory Michael Smith joue Venis, l’inévitable double fictionnel d’Elon Musk, à la fois omnipotent et émotionnellement déconnecté. Tous sont réunis, non par loyauté mais par intérêt, et leurs tentatives de manipulation mutuelle sont aussi prévisibles qu’artificielles.
Le scénario, pourtant rythmé, se fragmente en deux moitiés distinctes. D’abord, un drame feutré porté par des dialogues acérés et une mise en scène sobre. Puis, un virage burlesque où les milliardaires se ridiculisent en échouant lamentablement à conspirer les uns contre les autres. Ce revirement, s’il suscite quelques rires noirs, ne suffit pas à masquer une forme de vacuité dramatique: l’impression persistante que tout cela ne mène nulle part, ni dans la dénonciation ni dans l’émotion.

Armstrong continue d’exceller dans l’art de faire parler les puissants comme des adolescents brillants mais vides, capables de discuter de génocide, de data et de capital-risque dans une même phrase. Pourtant, à force de tourner en rond autour d’un quatuor de mâles alpha en chute libre, Mountainhead finit par confondre regard critique et fascination. Aucun contrepoint ne vient fissurer cette bulle de suffisance: ni victime, ni contradicteur, ni monde tangible, sinon des catastrophes rapportées par des écrans. Le désastre reste abstrait, comme leurs affects.
En somme, Mountainhead est une satire qui prétend choquer mais se contente d’illustrer ce que l’on sait déjà. Elle échoue à creuser sous la surface lisse de ses personnages et finit par ressembler à ce qu’elle dénonce: un produit rapide, brillant, creux. Une farce sans chair, qui rêvait d’être tragédie.

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