Too Much

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Entre comédie romantique et introspection ratée

On attendait un retour éclatant, on découvre une série qui tangue. Avec Too Much, Lena Dunham semble vouloir renouer avec les fulgurances de Girls sans retrouver ce qui faisait sa force: une voix franche, abrasive, qui regardait la laideur humaine en face. Ici, tout semble trop lisse, trop prudent — ou au contraire trop agité — pour toucher juste. Une série qui s’intitule Too Much mais qui, paradoxalement, ne donne jamais assez.

L’idée de départ est pourtant prometteuse: Jessica, Américaine névrosée fraîchement larguée, traverse l’Atlantique pour s’installer à Londres. Là, elle tente de se reconstruire en entamant une nouvelle relation avec Felix, musicien indépendant et incarnation même de la douceur. Mais l’ombre de son ex, Zev, et celle, encore plus spectrale, de Wendy — influenceuse et nouvelle compagne de Zev — pèsent sur ses pensées. Jessica leur adresse des monologues filmés sur son téléphone, sortes de lettres ouvertes jamais envoyées, autant de tentatives pour donner du sens au chaos intérieur. Ce dispositif, d’abord intrigant, perd rapidement de son impact, devenu simple mécanisme scénaristique au lieu d’un vrai levier introspectif.

Dunham, co-créatrice avec son mari Luis Felber, adopte les codes de la comédie romantique britannique pour mieux les tordre. Les titres des épisodes (Enough, Actually ou Nonsense & Sensibility) annoncent un humour méta qui ne trouve jamais vraiment son rythme. Si quelques dialogues font mouche, notamment sur la maternité non désirée ou la solitude post-rupture, le reste oscille entre caricature hystérique et banalité douceâtre. Megan Stalter, en Jessica, donne tout, peut-être trop: son énergie débordante finit par étouffer le peu de subtilité que le scénario laisse filtrer.

Il y a bien quelques étincelles — un épisode resserré autour d’une insomnie, quelques flashbacks à peine plus audacieux — mais elles se noient dans un ensemble confus, où trop de personnages, trop d’idées et trop peu de temps empêchent toute véritable densité. Les scènes se succèdent mais la structure vacille. Et quand la série tente de s’emparer de sujets plus graves, comme l’exposition publique ou les traumas, elle le fait avec une maladresse dérangeante, sans jamais assumer la radicalité ou la franchise qu’elle feint d’embrasser.

Plus fondamentalement, Too Much souffre d’un problème de ton. Là où Girls assumait une rugosité parfois choquante, ici tout est tamisé. On sent le poids des années, des polémiques, des remises en question. Le regard de Dunham sur elle-même est devenu moins tranchant, plus distant, presque défensif. Et cela rejaillit sur son héroïne, qui oscille entre caricature d’hyperémotivité et coquille vide.

Au fond, Too Much interroge moins la possibilité d’aimer trop que celle de créer encore avec la même audace. Derrière l’apparente exubérance de Jessica, c’est la peur d’oser qui domine. Une peur compréhensible mais qui rend la série frustrante. On voulait un retour, on assiste à une retraite.

Scénario
2/5

Acting
3/5

Image
1/5

Son
3/5

Note globale
45%

Avec Too Much, Lena Dunham tente de revisiter les codes de la comédie romantique à la sauce britannique, sans retrouver l’authenticité ni le mordant de ses débuts. Malgré une idée de départ engageante et quelques moments d’éclat, l’ensemble reste déséquilibré, tiraillé entre excès narratifs et retenue émotionnelle. Le ton hésitant, les personnages surchargés et l’humour vacillant laissent une impression de recul créatif. Un retour en demi-teinte, plus prudent qu’inspiré.

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