On ira

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La fin, en pointillés

Il y a des films qui prennent la route pour mieux parler de ce qui nous retient. On ira, premier long métrage d’Enya Baroux, trace son chemin entre comédie et drame, entre pudeur et éclats, pour évoquer un sujet aussi intime que brûlant: la fin de vie choisie. Sur le papier, le pari semblait risqué. À l’écran, le film séduit par intermittence, avec tendresse et sincérité, sans toujours éviter les embardées.

À 80 ans passés, Marie (Hélène Vincent), veuve et atteinte d’un cancer incurable, a décidé de partir. Pour de bon. Elle souhaite mettre fin à ses jours en Suisse, où l’euthanasie assistée est autorisée. Mais au lieu d’en informer directement son fils, Bruno, adulte paumé et maladroit, et sa petite-fille Anna, adolescente vive et un brin désabusée, elle invente une fable autour d’un héritage mystérieux. Prétexte à un road trip familial dans un vieux camping-car brinquebalant, conduit par Rudy, aide-soignant à la dérive, embarqué presque malgré lui dans cette équipée singulière.

L’idée du mensonge initial comme moteur narratif fonctionne plutôt bien. Elle permet au film de repousser les larmes trop faciles et d’installer une dynamique de comédie douce-amère. Les dialogues, parfois inégaux, trouvent malgré tout une justesse dans les non-dits, dans ce qui transparaît des silences et des regards échangés. Car On ira ne cherche pas tant à faire pleurer qu’à réconcilier. Avec la vie, avec la mort, et surtout avec ceux qu’on aime sans savoir comment leur parler.

Le casting, sans fausse note, apporte une authenticité précieuse. Hélène Vincent livre une performance tout en nuances, touchante sans pathos. Pierre Lottin incarne un Rudy à la fois paumé et attachant, un de ces antihéros modestes dont le cinéma français a le secret. Mention spéciale à Juliette Gasquet, dont l’énergie adolescente insuffle au film une vitalité bienvenue. Leurs interactions, parfois cocasses, parfois poignantes, donnent au récit sa chaleur et son humanité.

Esthétiquement, le film ne cherche pas l’esbroufe: il mise sur une simplicité chaleureuse, des paysages familiers, une caméra discrète, au service de l’émotion plutôt que de la mise en scène. Quelques scènes ressortent, notamment une rencontre impromptue avec une famille rom ou encore un générique final porté par une version tzigane et mélancolique de Voyage Voyage.

Mais tout n’est pas parfaitement huilé. Le scénario, bien qu’attachant, frôle parfois l’artificialité. Certaines séquences paraissent surécrites, comme si le film peinait à choisir entre profondeur et légèreté. Et si le sujet est fort, il reste parfois effleuré, comme si le besoin de rester dans une tonalité feelgood empêchait d’aller au bout des choses.

Enya Baroux signe néanmoins un premier film sincère, traversé de beaux moments de vérité. On ira ne révolutionne pas le genre du road movie familial mais offre une variation tendre et humaine, sans jamais sombrer dans le mélo. Un film imparfait mais attachant, à l’image de ses personnages, qui parle doucement d’un sujet grave, avec humour, délicatesse et un certain courage.

Scénario
3/5

Acting
3/5

Image
3/5

Son
3/5

Note globale
60%

Dans On ira, une octogénaire dissimule son souhait de mourir en Suisse derrière un faux héritage, lançant un périple improbable avec son fils, sa petite-fille et un aide-soignant déboussolé. Ce voyage mêle légèreté et gravité, porté par des interprètes justes et une mise en scène sobre. Malgré quelques maladresses d’écriture, le film touche par son humanité et sa pudeur. Une chronique douce-amère sur les liens familiaux et la fin de vie choisie.

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