Materialists
Vu
11 juillet 2025 – Caméo (Namur)
Année
2025
Réalisation
Celine Song
Production
Stage 6 Films
Casting
D.Johnson, P.Pascal, C.Evans, Z.Winters, M.Ireland
La froide mécanique des sentiments
Dans Materialists, Celine Song revisite les codes de la comédie romantique à travers une loupe contemporaine, acérée et parfois déroutante. Après Past Lives, chronique sentimentale toute en retenue, la cinéaste canadienne revient avec un deuxième long-métrage ambitieux, qui ausculte l’amour à l’ère des applications, des standards impossibles et des algorithmes du cœur.
Au cœur du récit, Lucy (Dakota Johnson), entremetteuse new-yorkaise pour une clientèle fortunée, orchestre des unions comme on négocierait des contrats. Sa méthode ? Évaluer la « valeur marchande » de chaque client: beauté, revenus, âge, taille… Tout s’additionne, rien ne s’improvise. Forte de neuf mariages réussis, Lucy semble infaillible – du moins jusqu’à ce que son propre passé sentimental refasse surface.

Car entre Harry (Pedro Pascal), héritier séduisant et bien éduqué rencontré lors d’un mariage, et John (Chris Evans), ex-amour fauché mais sincère, Lucy vacille. Derrière cette opposition schématique entre confort matériel et complicité authentique, Materialists tente autre chose qu’un simple triangle amoureux: une réflexion sur ce que valent encore les sentiments dans un monde où même l’amour se vend et s’achète.
Song, qui fut brièvement elle-même entremetteuse, insuffle au film une touche d’expérience vécue. Elle sait capter les absurdités du marché amoureux, entre exigences grotesques de clients et tentatives maladroites de séductions calibrées. Certaines scènes sont irrésistibles de sarcasme, comme cette consultation où Lucy promet à un couple impossible de leur « créer l’amour de leur vie »… à condition qu’ils acceptent d’être un peu réalistes.
Mais là où Past Lives brillait par sa subtilité, Materialists se perd parfois dans la démonstration. L’esthétique léchée et les dialogues élégants peinent à compenser un certain manque de naturel dans les interactions, notamment lorsque le film veut basculer vers l’émotion. Dakota Johnson, à la fois distante et fragile, peine à rendre crédible l’éveil émotionnel de son personnage. Chris Evans, bien qu’émouvant par moments, reste en surface, tandis que Pedro Pascal tire son épingle du jeu en donnant à son personnage une profondeur inattendue.

Céline Song ose également une inflexion dramatique surprenante dans la seconde moitié, avec une sous-intrigue violente qui vient brusquement perturber le ton jusque-là feutré du film. Cette prise de risque, bien que louable, déséquilibre l’ensemble sans pleinement convaincre.
Visuellement, le film offre quelques belles idées de mise en scène et de lumière, jouant avec les contrastes entre luxe glacé et chaleur des instants retrouvés. Et si la narration prend parfois des détours laborieux, elle réussit tout de même à poser une question troublante: dans un monde saturé de normes, de calculs et d’images idéalisées, l’amour sincère a-t-il encore une chance ?
Sans révolutionner le genre, Materialists parvient à lui redonner un souffle, teinté d’ironie et de lucidité. Une comédie dramatique imparfaite, parfois trop appuyée, mais assez singulière pour mériter le détour.

Si vous avez aimé : Past Lives (2023), The Worst Person in the World (2021), Fleabag (2016), My Best Friend’s Wedding (1997), Sex and the City (1998), Working Girl (1988), Broadcast News (1987)

Laisser un commentaire