Murderbot
Episodes vus
9/10
Année
2025
Réalisation
Paul Weitz, Chris Weitz, Toa Fraser, Aurora Guerrero, Roseanne Liang
Production
Apple TV+
Casting
A.Skarsgard, D.Dastmalchian, N.Dumezweni, S.Wu, A.Khanna
La voix intérieure d’un cyborg en quête d’identité
Murderbot est une série de science-fiction qui joue habilement sur le paradoxe d’un cyborg guerrier aussi rebelle que paresseux, dont le principal hobby est de regarder des feuilletons intergalactiques plutôt que de massacrer ses compagnons humains. Adaptée de la série littéraire The Murderbot Diaries de Martha Wells, cette comédie dramatique en dix épisodes suit une unité de sécurité — un robot humanoïde censé protéger une équipe de scientifiques — qui, après avoir piraté son module de contrôle, s’octroie enfin un libre arbitre… sans pour autant vouloir en faire grand-chose.
Le robot en question, incarné par Alexander Skarsgård, se nomme lui-même Murderbot, un sobriquet à la fois menaçant et ironique, qui détonne avec son caractère sarcastique et son profond mépris pour l’humanité. Ce dernier ne cache pas son dédain pour ses compagnons, qu’il qualifie régulièrement de « stupides humains », tout en étant incapable de vraiment se détacher d’eux, allant jusqu’à les sauver à plusieurs reprises malgré lui. Cette ambivalence, à la fois cynique et tendre, donne à la série une dimension humaine étonnante, où la progression du robot vers une forme d’empathie brise doucement son armure de froideur.

L’une des réussites majeures de Murderbot est sans doute sa narration originale, centrée sur la voix off intérieure du robot, qui offre un regard analytique, sarcastique et souvent drôle sur les comportements humains. Cette approche nous place dans la tête du cyborg, dépeint non comme un simple automate mais comme un être en quête de compréhension, souvent déconcerté par les absurdités sociales qu’il observe. La série explore ainsi avec subtilité le thème du libre arbitre, questionnant ce qui fait de nous des individus: est-ce la capacité de choisir ou l’influence des émotions et des relations ?
Le casting de la série complète efficacement cette dynamique. Noma Dumezweni incarne avec justesse la chef de l’équipe, une femme forte qui dissimule son anxiété, tandis que David Dastmalchian apporte une touche de rationalisme émotionnel en scientifique secret. Cette diversité de caractères, souvent en conflit mais toujours bienveillants, enrichit l’univers narratif et donne corps au microcosme social dans lequel évolue Murderbot.

Pourtant, malgré ces qualités, la série n’est pas exempte de défauts. Le rythme est inégal, notamment dans la première moitié où l’action stagne et le comique repose parfois trop lourdement sur le cynisme du robot, dont l’humour répétitif peut s’épuiser rapidement. On ressent aussi une certaine retenue dans l’exploration plus poussée des thématiques éthiques et existentielles promises par le concept. En effet, fidèle à ses origines littéraires, la série semble parfois trop prudente, manquant de profondeur narrative au profit d’un ton léger qui ne parvient pas toujours à captiver pleinement.
Un autre point discuté par les fans concerne la représentation non binaire de Murderbot, un aspect central dans les livres mais atténué dans la série par le choix d’Alexander Skarsgård, dont la présence physique plutôt masculine contraste avec la fluidité du personnage original. Ce décalage, même s’il ne nuit pas à la qualité de l’interprétation, soulève des questions sur la fidélité à l’identité complexe du cyborg.
Enfin, Murderbot séduit par son univers à la fois familier et original, notamment grâce à sa série favorite, Sanctuary Moon, un pastiche joyeusement kitsch de Star Trek qui ponctue les épisodes d’une touche méta et parodique bienvenue.
En résumé, Murderbot est une proposition rafraîchissante dans le paysage SF actuel, qui mêle humour pince-sans-rire, questionnements sur l’humanité et une galerie de personnages attachants. Si elle ne brille pas toujours par son rythme ou sa profondeur, la série offre une expérience divertissante et subtile qui plaira aux amateurs de science-fiction à la fois légère et réfléchie. Une œuvre à découvrir sans attentes démesurées mais avec plaisir.

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