Diamant brut
Vu
10 juin 2025 – À domicile
Année
2024
Réalisation
Agathe Riedinger
Production
Pyramide
Casting
M.Khebizi, I.Azougli, L.Gorla, A.Bescond
Briller, coûte que coûte !
Diamant Brut d’Agathe Riedinger s’ouvre sur un rêve tapageur: devenir célèbre, à tout prix. Dans ce premier long-métrage, présenté à Cannes, la cinéaste française propose un portrait énergique et dérangeant d’une jeunesse fascinée par la visibilité numérique, en la personne de Liane, 19 ans, serveuse à Fréjus et prête à tout pour faire exploser ses abonnés.
Dès les premières scènes, le décor est planté: une chaleur écrasante, un quotidien modeste, une mère hostile, une petite sœur à protéger et cette obsession qui dévore tout – celle de la reconnaissance sociale. Liane transforme son corps en vitrine, modifie son apparence avec acharnement, s’endette pour une robe qui scintille, colle des strass sur ses talons usés comme d’autres accrocheraient leurs espoirs à une étoile. Riedinger filme ce rituel de transformation avec un soin esthétisant et un regard parfois ambivalent, oscillant entre la tendresse documentaire et une fascination presque fétichiste.

C’est là que le film intrigue et trouble: dans son mélange de réalisme social à l’ancienne et de pulsations très contemporaines venues d’Instagram et TikTok, il capte une forme de foi moderne, où les likes font office de prière et où le téléphone devient autel. À travers le regard exalté de Liane, tout devient matière à ascension ou chute: une audition télé, un regard de travers, un message reçu ou ignoré.
Mais si le film capte quelque chose de vrai et de vibrant, il peine à transformer cette vérité en drame narratif pleinement convaincant. L’intrigue se dilue dans une succession d’épisodes qui semblent parfois improvisés ou artificiellement juxtaposés. Une romance esquissée, des dialogues un peu figés, des pistes ouvertes mais rarement creusées: les élans restent souvent en suspens, les enjeux émotionnels à moitié formulés. Liane, malgré l’engagement brut et magnétique de Malou Khebizi, demeure une figure plus symbolique que complexe. Le film laisse deviner ce qui l’anime, mais ne l’explore jamais tout à fait.

Cette incertitude, entre critique sociale et conte de fée contemporain, se retrouve dans une dernière partie volontairement floue, presque hallucinée. L’audition télé tant attendue arrive, mais ne donne pas les résultats espérés. Liane flotte alors dans une attente indécise, survoltée, tragique, où le réel se fissure. Le spectateur est invité à douter avec elle: rêve ou réalité ? Illusion ou prémices d’un succès ? Riedinger ne tranche pas et cette absence de résolution laisse un goût doux-amer, à la fois audacieux et frustrant.
Diamant Brut touche à quelque chose d’actuel et d’électrique: le vertige d’une génération qui cherche sa place dans les reflets d’un écran. Mais faute d’une structure plus solide et d’un propos plus affiné, il laisse l’impression d’un film à l’image de son héroïne: éblouissant, touchant mais encore en construction. Un diamant, oui — mais qui aurait mérité d’être davantage taillé.
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