Hurry Up Tomorrow
Vu
8 juin 2025 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Trey Edward Shults
Production
Lionsgate Films
Casting
A.Tesfaye, J.Ortega, B.Keoghan, R.Keough
Vertige d’un rêve inachevé
Avec Hurry Up Tomorrow, Abel Tesfaye, alias The Weeknd, signe un projet aussi ambitieux que fragile. Ce film, annoncé comme l’aboutissement cinématographique de sa trilogie musicale (After Hours – Dawn FM – Hurry Up Tomorrow), mêle esthétique rétrofuturiste, introspection existentielle et mise à nu artistique. Pourtant, derrière la brume onirique de ses images, le résultat déçoit.
Le film retrace la chute psychologique d’une pop star (jouée par Tesfaye lui-même) après une rupture et une perte de voix en pleine tournée. À ses côtés, Anima (Jenna Ortega) incarne une présence mystérieuse et incandescente, catalyseur d’un périple halluciné à travers la nuit. En arrière-plan: un monde saturé de néons, de mélancolie et de sons synthétiques, dans la lignée esthétique de l’univers musical de The Weeknd.

Techniquement, le long-métrage séduit. La direction de la photographie signée Chayse Irvin est envoûtante, offrant des images granuleuses et mouvantes, capturées en 35 mm et 16 mm, qui reflètent le chaos émotionnel du personnage principal. L’univers sonore, porté par la voix emblématique de The Weeknd et une bande-son immersive, crée des moments de pure hypnose, notamment lors de l’escapade nocturne d’Abel et Ani.
Mais c’est justement là que le bât blesse: Hurry Up Tomorrow s’effondre sous le poids de ses ambitions. Le scénario, embrouillé, alterne visions psychanalytiques et symbolisme fumeux sans jamais asseoir une ligne narrative claire. L’exploration de la psyché d’une star déchue reste à l’état de brouillon, empêtrée dans des dialogues creux, des personnages sous-développés et une volonté trop évidente de se prendre au sérieux.

Le principal point faible reste la performance de Tesfaye lui-même. Là où sa musique parvient à transmettre une vulnérabilité à la fois trouble et élégante, son jeu d’acteur reste monolithique, figé dans des regards vides et des pleurs forcés. Face à lui, Jenna Ortega tente de donner de l’épaisseur à Anima, mais reste desservie par une écriture inconsistante. Barry Keoghan, quant à lui, n’échappe malheureusement pas à la caricature.
Au final, Hurry Up Tomorrow oscille entre l’autoportrait sincère et l’acte de vanité artistique. À vouloir sublimer sa propre légende, Abel Tesfaye oublie de raconter une vraie histoire. Si quelques éclairs visuels et musicaux surnagent, le film, comme son héros, finit par se perdre dans un labyrinthe d’illusions où l’émotion, pourtant recherchée, ne parvient jamais à percer.
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