Until Dawn

Vu

Année

Réalisation

Production

Casting

La nuit sans fin d’un film sans âme

Il est des adaptations qui trahissent leur source avec panache, et d’autres qui, malgré des intentions affichées de fidélité ou d’hommage, échouent à capter l’âme même de leur matériau d’origine. Until Dawn, version cinématographique du célèbre jeu vidéo d’horreur interactif de 2015, appartient à cette deuxième catégorie: celle des occasions manquées, où la nostalgie vire à l’imposture.

Sur le papier, l’idée d’adapter Until Dawn avait de quoi séduire: un huis clos montagnard, un groupe de jeunes livrés à des forces surnaturelles et un suspense interactif fondé sur l’effet papillon, où chaque choix pouvait changer le cours de l’histoire. Le film reprend une partie de ce décor et greffe sur l’ensemble une boucle temporelle rappelant Groundhog Day ou Happy Death Day. Chaque nuit, les personnages meurent… puis reviennent à la vie, piégés dans un cycle mystérieux où le seul objectif est de survivre jusqu’au lever du soleil. Un concept intrigant mais rapidement vidé de sa substance.

(L to r) Odessa A’zion, Belmont Cameli, Ella Rubin, Michael Cimino and Ji-young Yoo star in UNTIL DAWN.

La boucle, d’abord prometteuse, devient un prétexte à recycler les mêmes tensions sans jamais les approfondir. Ce qui aurait pu générer une montée progressive de suspense se dilue dans une mécanique trop visible, où les personnages découvrent les règles de l’univers non pas par l’expérience, mais via des dialogues explicatifs désastreux. L’introduction d’un personnage omniscient, capable d’énoncer les clés de l’intrigue comme s’il lisait le scénario à haute voix, annihile tout mystère. Ce qui relevait de la découverte organique dans le jeu devient ici une série de révélations prémâchées et dépourvues de tension.

La disparition progressive de l’effet de surprise est d’autant plus regrettable que les premières boucles laissaient espérer une relecture ludique des codes du slasher: meurtres créatifs, faux indices et apparitions fugaces d’un tueur masqué. Mais le film se fige dès que ses personnages comprennent qu’ils n’ont que 13 nuits avant une mort définitive. Dès lors, plus rien n’évolue: la dynamique s’épuise, les morts se raréfient et l’intrigue tente de se recentrer sur un drame psychologique sans épaisseur.

Les références au jeu, bien que nombreuses, sonnent comme des clins d’œil forcés plutôt que comme de véritables ponts narratifs. La maison isolée, les affiches de disparus et même le retour de Peter Stormare dans le rôle du docteur Hill relèvent davantage du fan service que d’une volonté de recréer l’atmosphère glaçante de l’œuvre originale. Pire encore: les monstres iconiques du jeu, les wendigos, sont ici réduits à de vagues zombies dentés, perdant toute leur étrangeté insectoïde et leur folklore tragique. Et comme si cela ne suffisait pas, le film empile les créatures: sorcières, fantômes, autres tueurs… L’effet d’accumulation confine à l’absurde, et l’univers finit par n’avoir ni cohérence ni impact.

Si la réalisation s’efforce parfois de compenser ce vide narratif par des décors brumeux et une photographie léchée, le vernis ne tient pas. L’ensemble reste confus, parfois même incohérent, comme si le réalisateur David F. Sandberg avait voulu greffer plusieurs idées de films en un seul, sans jamais choisir de cap. L’histoire de Clover et de sa sœur disparue aurait pu constituer un fil rouge émotionnel ; elle est reléguée au rang d’excuse scénaristique, vite éclipsée par la surenchère de rebondissements.

En définitive, ce Until Dawn ne fait frissonner que par l’ironie de son titre. Là où le jeu offrait une expérience immersive, aux conséquences marquantes et aux choix moraux pesants, le film propose un simulacre brouillon, divertissant à la rigueur pour une soirée popcorn sans exigences, mais parfaitement inoffensif. Le plus frustrant n’est pas tant qu’il trahisse son modèle que le fait qu’il aurait pu être, dans un autre monde, une belle réussite.

Scénario
1/5

Acting
1/5

Image
2/5

Son
2/5

Note globale
30%

L’adaptation cinématographique d’Until Dawn échoue à retrouver l’intensité et la tension du jeu original, malgré un concept prometteur. Piégé dans une mécanique répétitive, le film dilue ses enjeux dans des explications lourdes et une accumulation incohérente de créatures. Les clins d’œil aux fans tournent à vide, la mise en scène peine à masquer la pauvreté du scénario. Un divertissement fade, aux ambitions vite englouties par la confusion.

Laisser un commentaire