Fountain of Youth
Vu
1 juin 2025 – À domicile
Année
2025
Réalisation
Guy Ritchie
Production
Apple TV+
Casting
J.Krasinski, N.Portman, E.Gonzalez, D.Gleeson, C.Ejogo, S.Tucci
Encore une superproduction sans fond
Avec Fountain of Youth, Guy Ritchie signe une œuvre qui semble avoir été conçue pour l’ère du multitâche numérique. Illustration parfaite du « divertissement sur second écran », ce film incarne une forme de cinéma qui ne s’adresse plus à l’attention, mais à l’inattention. Le moindre instant y anticipe la distraction du spectateur, et chaque plan semble crier, avec insistance: « au cas où l’attention serait ailleurs, voici ce qui se passe ».
Dès ses premières scènes, Fountain of Youth pose les bases d’un récit dont les dialogues fonctionnent comme un fil d’Ariane pour un public détaché. Les personnages expliquent ce que les images montrent déjà, récapitulent les relations et les enjeux à chaque tournant narratif, et rappellent constamment les événements passés – y compris ceux survenus quelques minutes plus tôt. Ce trop-plein d’explications trahit un manque de confiance dans l’intelligence du spectateur, mais reflète surtout une logique industrielle, où l’objectif n’est plus l’immersion, mais la rétention d’audience.

Le scénario, signé James Vanderbilt, juxtapose des éléments historiques – notamment le naufrage du Lusitania – à une quête vaguement archéologique menée par Luke Purdue, incarné par John Krasinski. Le choix de ce dernier étonne: trop lisse, trop modéré, l’acteur peine à incarner le charisme rusé qu’exigerait ce type d’aventurier. Face à lui, Natalie Portman et Domhnall Gleeson offrent des performances honnêtes, malgré des dialogues souvent navrants de platitude. Aucun acteur ne parvient toutefois à transcender la pauvreté du texte, malgré des tentatives visibles d’y injecter un minimum d’humour ou d’ironie.
Sur le plan visuel, la réalisation ne manque pas d’élégance superficielle. Ed Wild à la photographie et James Herbert au montage parviennent à créer des instants d’énergie et de fluidité, particulièrement dans le dernier tiers, plus silencieux, qui évoque l’influence d’Indiana Jones. Dans cette séquence, Ritchie retrouve brièvement son talent pour l’imagerie spectaculaire. Malheureusement, cette parenthèse ne suffit pas à compenser la lourdeur globale de l’ensemble.

Sous ses apparences de superproduction internationale, le film illustre un virage préoccupant dans le monde du streaming: celui d’un contenu conçu pour être « consommé » sans véritable engagement. Chaque scène semble interchangeable avec une autre. L’exploration du mythe de la fontaine de jouvence devient un prétexte à un enchaînement de rebondissements artificiels, de révélations prémâchées et de péripéties sans enjeu.
Fountain of Youth n’est pas tant un film qu’un produit algorithmique: une succession de stimuli conçus pour capter l’attention sans jamais la solliciter pleinement. En cela, il pourrait bien devenir une référence – non pas pour son excellence artistique, mais pour ce qu’il dit d’un certain état du cinéma contemporain, où l’expérience esthétique s’efface derrière les impératifs d’une plateforme cherchant avant tout à éviter que l’utilisateur ne clique ailleurs.

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