Sirens
Episodes vus
5/5
Année
2025
Réalisation
Nicole Kassell, Quyen Tran, Lila Neugebauer
Production
Netflix
Casting
M.Alcock, M.Fahy, J.Moore, K.Bacon
Une symphonie dissonante sous des airs de luxe
Il est des séries qui, à force de vouloir tout dire, ne disent plus rien. Sirens, la nouvelle création de Molly Smith Metzler pour Netflix, en est un exemple criant. Inspirée de sa pièce Elemeno Pea, cette minisérie en cinq épisodes, malgré un casting prestigieux et une ambition manifeste, s’égare dans un trop-plein de registres, d’images stylisées et de dialogues appuyés. Le résultat, esthétiquement séduisant mais narrativement indigeste, laisse un arrière-goût d’inachevé.
L’intrigue nous transporte sur une île au large de la côte est des États-Unis, où Michaela « Kiki » Kell, délicieusement interprétée par une Julianne Moore, règne en maîtresse d’un sanctuaire pour oiseaux aussi étrange que ses adeptes costumés. Son assistante, Simone (Milly Alcock), y joue le rôle de l’enfant prodige dévouée, tandis que Devon (Meghann Fahy), sa sœur aînée à la dérive, débarque à l’improviste, confrontant le culte doux-amer de cette microsociété à des réalités bien plus sombres: la démence de leur père, les cicatrices du passé et l’illusion d’un avenir sous contrôle.
Dès les premières scènes, Sirens flirte avec plusieurs tonalités: satire sociale, drame psychologique, énigme domestique et pamphlet féministe. Mais à force de virer sans prévenir d’un ton à l’autre, la série perd son cap. Chaque épisode semble conçu pour brouiller davantage les pistes, quitte à étirer inutilement le propos. Ce qui aurait pu être une réflexion fine sur le pouvoir, la dépendance et les mécanismes d’aliénation devient un labyrinthe d’intentions contrariées.

Certains moments marquent cependant les esprits: un regard figé à travers un télescope, un oiseau mourant entre des bras tachés de sang, ou encore un échange glaçant entre deux sœurs séparées par des années d’effacement. Ces éclats narratifs brillent d’autant plus qu’ils sont rares. Il faut saluer le jeu troublant de Moore, dont le masque de bienveillance se fissure lentement, révélant un personnage à la fois pathétique et terrifiant, qui semble puiser sa force dans la manipulation émotionnelle.
À ses côtés, Milly Alcock compose une Simone désorientée, tiraillée entre aspiration sociale et fidélité familiale. Sa transformation physique – nez refait, tatouages gommés – incarne le thème central de la série: à quel point est-on prêt à se renier pour se sentir exister ? Pourtant, malgré le potentiel de ces personnages, leurs trajectoires s’enlisent dans des dialogues bavards, des symboles trop appuyés et des effets de mise en scène parfois prétentieux.
La réalisation, bien que soignée, se montre souvent plus fascinée par le vernis des apparences que par la substance du récit. Les ralentis, les panoramiques, la musique haletante – tout semble indiquer une tension grandissante. Mais ce crescendo ne mène pas au vertige espéré. Au contraire, plus la série avance, plus elle paraît consciente de son propre désir de paraître « importante », sans jamais vraiment le devenir.

Sirens aurait pu être une réponse sensible et contemporaine à The White Lotus, en se concentrant sur les dynamiques de pouvoir, la condition féminine et les blessures sociales invisibles. Elle en avait les éléments: une actrice magnétique, un contexte insulaire propice au huis clos psychologique et des thématiques fortes. Mais à trop vouloir tout incarner, elle finit par tout diluer.
En conclusion, Sirens est une série séduisante sur le papier, mais qui s’effondre sous le poids de ses ambitions mal maîtrisées. Comme un chant de sirène trop entendu, elle captive quelques instants avant de révéler le vide derrière l’écho.
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