Black Bag

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Opération charme, mission manquée

Avec Black Bag, Steven Soderbergh signe un thriller d’espionnage à mi-chemin entre la satire douce et le caprice luxueux, porté par un casting prestigieux où brillent Michael Fassbender et Cate Blanchett. Le film promettait un croisement entre tensions conjugales et trahison d’État, mais se perd dans une intrigue en trompe-l’œil, aussi brillante en surface que bancale en profondeur.

Dans l’univers ultra-balisé du renseignement britannique, George et Kathryn, couple marié et agents secrets, sont chargés de découvrir l’identité d’une taupe qui aurait vendu à la Russie un dispositif technologique d’un autre temps. L’ironie du sort veut que l’un des deux époux puisse être ce traître. S’ensuit un huis clos mondain et piégé, un dîner sous haute tension où les suspects, tous membres de l’agence, sont secrètement drogués pour laisser échapper la vérité. L’idée est intrigante sur le papier, mais le résultat flirte avec le théâtre de boulevard.

Visuellement, tout est soigné à l’excès: tailleurs impeccables, vitres opaques activées à distance, maisons londoniennes dignes d’un catalogue d’architecture intérieure. On navigue entre bureaux high-tech et campagne anglaise, entre Land Rover et petits déjeuners faussement naturels. Cette esthétique glacée et feutrée finit par parasiter toute possibilité d’émotion ou de tension réelle. On admire les lieux, mais on peine à s’y investir.

Le film s’inscrit dans une mouvance post-Bond, où le genre espionnage se décline désormais avec un soupçon d’autodérision et une fascination pour les détails bureaucratiques: badges de sécurité à code couleur, lecteurs de cartes omniprésents, jargon professionnel désincarné. Une parodie douce du monde de l’espionnage contemporain, certes, mais qui manque de mordant. À force de vouloir déconstruire les codes, Black Bag ne parvient jamais à en construire de nouveaux.

La distribution, bien que solide sur le papier, peine à insuffler de la vie à leurs personnages. Fassbender campe un George rigide, dont la bouche pincée et les lunettes sérieuses évoquent Harry Palmer sans en retrouver la complexité. Cate Blanchett, toujours magnétique, évolue avec élégance, mais semble parfois prisonnière d’un rôle trop abstrait pour déployer sa palette. Autour d’eux, un casting secondaire prometteur – Marisa Abela, Naomie Harris, Tom Burke – ne dépasse jamais le stade de l’esquisse.

Le véritable point faible du film reste son écriture. Le scénario de David Koepp se veut malin, mais se perd dans des couches de faux-semblants, de dialogues volontairement opaques, et de révélations qui n’en sont pas. L’ensemble souffre d’un excès de raffinement, comme un plat trop travaillé dont on oublierait le goût principal. L’intrigue, alambiquée mais peu convaincante, finit par lasser, et les scènes supposées tendues peinent à susciter autre chose qu’un vague sourire.

La musique de David Holmes, empruntant à ses compositions pour la trilogie Ocean’s, injecte une touche jazzy percussive à l’ensemble, mais là encore, le style l’emporte sur le fond. Rien n’est vraiment désagréable dans Black Bag, mais rien n’y est suffisamment saillant pour marquer les esprits.

Soderbergh, fidèle à son approche artisanale et numérique, continue ici son modèle de cinéma agile, tourné vite et bien, mais parfois un peu trop vite pour convaincre. Si le film divertit par instants grâce à son vernis élégant et ses clins d’œil à un espionnage mondain, il échoue à construire une tension dramatique durable ou un propos réellement neuf.

Scénario
1/5

Acting
3.5/5

Image
3/5

Son
2/5

Note globale
47.5%

Avec Black Bag, l’espionnage devient affaire de décoration et de sous-entendus polis. L’élégance de la mise en scène masque mal l’absence de nerf. À trop vouloir jouer sur la carte du cool et du second degré, Soderbergh livre un objet séduisant mais inconsistant, qui passe comme un courant d’air entre deux épisodes de Slow Horses. Une mission qui aurait mérité plus de risques… et moins de surfaces lisses.

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