Adolescence

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Quatre plans-séquences pour une société à bout de souffle

Rarement une œuvre télévisuelle aura autant capté la brutalité d’une époque avec autant de maîtrise. Adolescence, mini-série britannique en quatre épisodes réalisée par Philip Barantini et coécrite avec Jack Thorne, se distingue autant par son audace formelle que par la profondeur émotionnelle de son propos. À travers l’arrestation d’un adolescent soupçonné du meurtre d’une camarade de classe, c’est tout un écosystème social, familial et institutionnel qui vacille. Le résultat est d’une intensité rare, une plongée suffocante dans les failles de la société contemporaine.

Dès la première minute, la série saisit à la gorge. Une descente de police brutale dans une modeste maison de la classe ouvrière, un garçon de 13 ans sorti de son lit sous les yeux hagards de ses parents, et une caméra qui ne cligne jamais des yeux. Chaque épisode, tourné en un seul plan-séquence, projette le spectateur au cœur de l’action, sans coupure, sans échappatoire. Une performance technique époustouflante, mais jamais gratuite: cette approche accentue l’immersion, la tension et la charge émotionnelle. Chaque hésitation, chaque larme, chaque cri devient palpable, viscéral.

Mais Adolescence ne se contente pas d’un choc esthétique. L’enquête, les interrogatoires, l’incompréhension des adultes, les silences coupables et les non-dits construisent un tableau poignant de l’isolement adolescent. La série interroge, sans jamais sombrer dans le didactisme, les dérives d’une jeunesse exposée à une masculinité toxique, à la culture incel, au cyberharcèlement et à l’écrasante pression des réseaux sociaux. Rien n’est exagéré, tout sonne juste: du désarroi des parents à l’incapacité des institutions à saisir ce qui se joue derrière les écrans et les regards fuyants.

Le casting, exceptionnel, porte la série à un niveau rare d’excellence. Owen Cooper, jeune acteur sans expérience, incarne Jamie Miller avec une intensité bouleversante. Stephen Graham, dans le rôle du père, livre une prestation tout en retenue, douleur et dignité. Mention spéciale à la scène pivot du troisième épisode: une heure de confrontation entre Jamie et une psychologue (interprétée par Erin Doherty), séquence d’une tension insoutenable, miroir d’une jeunesse en rupture de repères et d’un monde adulte démuni.

Inspirée de faits réels sans en adapter un en particulier, la série opère une synthèse saisissante des violences qui gangrènent les sociétés occidentales, en particulier au Royaume-Uni, où les attaques à l’arme blanche parmi les jeunes explosent. Adolescence ne donne pas de réponse, mais soulève les bonnes questions. Pourquoi ? Comment en est-on arrivé là ? Que faire, quand même les emojis deviennent des cris d’alerte que personne ne sait interpréter ?

Un chef-d’œuvre sombre, nécessaire et déchirant, qui, bien plus qu’un drame judiciaire, apparaît comme un cri d’alarme. Adolescence ne se regarde pas, elle se traverse… et laisse une marque indélébile.

Scénario
4.5/5

Acting
5/5

Image
5/5

Son
4/5

Note globale
92.5%

Portrait implacable d’une génération en perdition, Adolescence secoue par son intensité et sa mise en scène immersive. Portée par des comédiens bouleversants, la série explore les tensions sociales et psychologiques à travers une affaire troublante. Chaque épisode, en plan-séquence, capte l’effondrement progressif des repères familiaux et institutionnels. Une œuvre percutante, lucide, qui bouscule autant qu’elle interroge.

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