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L’engrenage infernal d’une accusation

Dans un huis clos tendu et oppressant, Armand explore les conséquences d’une accusation d’abus sexuel entre enfants avec une intensité rarement atteinte. Le film du réalisateur norvégien Halfdan Ullmann Tøndel s’attaque à un sujet complexe, où la vérité semble insaisissable et où les réactions des adultes révèlent bien plus que l’incident lui-même.

L’histoire s’ouvre sur Elisabeth, mère célibataire de son fils de six ans Armand, convoquée en urgence à l’école. Son angoisse grandit alors qu’aucune explication précise ne lui est donnée. L’enseignante Sunna, bien que rassurante, reste évasive. Lorsque les parents de Jon, camarade de classe d’Armand, arrivent, l’accusation tombe: Jon affirme qu’Armand l’a agressé. Dès lors, un engrenage inéluctable se met en place, où la parole de l’un se heurte au silence de l’autre, et où l’attitude des adultes prend le pas sur la recherche des faits.

La mise en scène épouse l’urgence et la confusion de cette confrontation. Dans un décor minimaliste, presque théâtral, le cadre resserré des salles de classe et des couloirs devient une prison psychologique où se jouent les tensions latentes. L’architecture de l’école, magnifiée par la photographie froide et clinique, reflète les émotions des personnages, créant une atmosphère étouffante qui rappelle des œuvres comme Festen de Thomas Vinterberg. Chaque silence pèse lourdement, chaque échange s’apparente à un duel où le moindre mot peut faire basculer la situation.

Le film se distingue par l’excellence de son interprétation, notamment grâce à Renate Reinsve, magistrale dans le rôle d’Elisabeth. L’actrice parvient à exprimer une gamme d’émotions d’une rare intensité: la peur, l’incrédulité, la colère et la douleur s’entremêlent, souvent contenues derrière une façade d’apparente maîtrise. Face à elle, Thea Lambrechts Vaulen campe une enseignante dépassée, tandis qu’Ellen Dorrit Petersen et Endre Hellestveit incarnent des parents en proie à une détresse palpable. Ces performances ancrent le film dans une réalité troublante, où le malaise s’installe insidieusement.

Le scénario, écrit par le réalisateur lui-même, s’autorise quelques incursions dans l’absurde, insufflant un humour noir qui souligne l’absurdité de certaines situations. Des moments de respiration apparaissent, comme un saignement de nez récurrent ou un rire nerveux, autant de détails qui rappellent que les personnages sont avant tout des êtres humains tentant de naviguer dans une tempête morale.

Cependant, Armand pèche parfois par son ambition excessive. L’escalade dramatique, bien que maîtrisée dans un premier temps, finit par atteindre un point de rupture où l’hystérie prend le dessus sur la subtilité. Contrairement à La Chasse de Thomas Vinterberg, auquel le film sera inévitablement comparé, l’accumulation de tensions semble ici davantage un artifice qu’une nécessité organique. Certaines scènes, notamment celles où Elisabeth est en proie à des hallucinations, alourdissent le récit et détournent l’attention du cœur du sujet.

La musique, signée par la compositrice néerlandaise Ella van der Woude, joue un rôle clé dans cette atmosphère anxiogène. À travers des compositions dissonantes et une utilisation habile du silence, la bande-son renforce le sentiment de claustrophobie, accentuant la paranoïa ambiante.

En fin de compte, Armand est un drame captivant qui soulève des questions essentielles sur la perception de la vérité, la responsabilité des adultes et la fragilité des certitudes. Si certaines lourdeurs narratives atténuent son impact, il n’en reste pas moins une œuvre troublante et viscérale, portée par des interprétations remarquables et une mise en scène audacieuse. Un premier film ambitieux qui, malgré ses imperfections, confirme le talent prometteur de Halfdan Ullmann Tøndel.

Scénario
3.5/5

Acting
4.5/5

Image
2.5/5

Son
3.5/5

Note globale
67.5%

Dans un huis clos oppressant, Armand dissèque les réactions des adultes face à une accusation d’abus entre enfants, où la quête de vérité s’efface derrière des tensions exacerbées. Porté par une mise en scène minimaliste et une interprétation magistrale de Renate Reinsve, le film installe un malaise insidieux, renforcé par une ambiance claustrophobe. Si son intensité dramatique flirte parfois avec l’excès, il n’en demeure pas moins une œuvre troublante et ambitieuse.

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