I’m Still Here

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Brésil, 1970 – La disparition d’un homme, la naissance d’un symbole

La dictature militaire brésilienne a marqué l’histoire par sa brutalité, multipliant les disparitions et la torture de milliers d’opposants. Parmi eux, Rubens Paiva, ancien député et ingénieur, devenu un symbole de cette répression. I’m Still Here, réalisé par Walter Salles, s’attache à retracer le combat de sa femme, Eunice, qui, après sa disparition, tente de maintenir sa famille à flot tout en réclamant la vérité. Porté par une mise en scène immersive et une interprétation magistrale de Fernanda Torres, le film conjugue intimité et grande histoire, entre mémoire individuelle et réflexion collective sur un passé douloureux.

Le film s’ouvre sur un Brésil lumineux et insouciant, où la famille Paiva vit dans une maison baignée de soleil, au rythme des rires d’enfants et des discussions intellectuelles. Salles capture cette atmosphère avec une cinématographie qui oscille entre 35 mm et images Super 8, renforçant la nostalgie d’une époque où l’espoir semblait encore permis. Mais cette illusion de normalité est vite brisée: la dictature, invisible mais omniprésente, frappe soudainement. Une perquisition, des hommes armés, et Rubens est emmené sans retour possible. L’absence devient alors le centre du récit, transformant la maison en un espace de vide et d’attente.

La force du film réside dans son traitement de la résilience féminine. Eunice, campée avec intensité par Fernanda Torres, incarne une lutte silencieuse mais inébranlable. Son combat pour faire reconnaître le sort de son mari, en dépit du silence complice des autorités, est dépeint avec une subtilité remarquable. Chaque regard, chaque geste trahit un mélange de douleur et de détermination. Une scène emblématique illustre cette résistance: lors d’une interview, Eunice refuse que ses enfants posent sans sourire. Face à une dictature qui cherche à étouffer toute dignité, elle impose une image de force et d’espoir.

La mise en scène de Salles, fluide et immersive, plonge le spectateur au cœur du quotidien de la famille. La caméra à l’épaule suit les déplacements d’Eunice et de ses enfants, captant avec justesse leur alchimie et l’évolution de leur relation face à l’absence paternelle. Le réalisateur joue habilement sur les contrastes: d’un côté, les instants de vie capturés à travers des plans ensoleillés et des musiques enjouées ; de l’autre, l’ombre grandissante du régime, symbolisée par les contrôles policiers et les cortèges militaires. Le Brésil de 1970 semble parfois insouciant, mais le spectre de la peur s’infiltre insidieusement dans chaque interstice.

Si le film dresse un portrait intime et poignant de la famille Paiva, il offre aussi une réflexion plus large sur la mémoire historique. Le récit s’étend jusqu’en 1996, lorsque la reconnaissance officielle du sort de Rubens intervient enfin. Ce saut temporel souligne à quel point la justice et la vérité peuvent mettre des décennies à émerger, tandis que les traumatismes, eux, restent vivaces. Dans un contexte où certains régimes autoritaires tentent de réécrire l’histoire, I’m Still Here résonne avec une actualité brûlante. Il rappelle que la mémoire n’est pas qu’un devoir de justice, mais aussi une arme contre l’oubli et la répétition des erreurs du passé.

Acclamé à l’international et nommé trois fois aux Oscars, notamment pour le rôle poignant de Fernanda Torres, I’m Still Here transcende la simple chronique historique. Il s’impose comme un témoignage essentiel sur la douleur des familles dépossédées, un plaidoyer pour la justice et un hommage à la force des survivants. Porté par une mise en scène immersive et une interprétation bouleversante, ce film s’inscrit dans la lignée des grands récits de résistance face à l’oppression. Un chef-d’œuvre d’une poignante humanité, qui trouve une résonance universelle bien au-delà du Brésil.

Scénario
3.5/5

Acting
4.5/5

Image
4/5

Son
3/5

Note globale
75%

Walter Salles signe avec I’m Still Here un drame poignant sur la dictature brésilienne, vu à travers le combat d’Eunice Paiva pour retrouver la trace de son mari disparu. Entre archives et reconstitution intime, le film capte avec subtilité la douleur du deuil et la force de la résilience. La mise en scène immersive et l’interprétation bouleversante de Fernanda Torres confèrent à ce récit une puissance émotionnelle rare, transformant une tragédie familiale en une réflexion universelle sur la mémoire et la justice.

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  1. Je souscris à ce vibrant éloge, ayant été moi-même touché par ce film de Salles, qui compte parmi les plus beaux que j’ai vus depuis le début de cette année. Un film en guise de témoignage (très personnel et intime) d’une époque, mais également, comme exprimé parfaitement dans l’article, un récit à plus large portée, dont les effets se mesurent à l’aune des décennies qui se succèdent. Le tout porté par une actrice magistrale, Fernanda Torres, à laquelle s’ajoute la présence de sa propre mère, Fernanda Montenegro pour une seule et même incarnation. Magistral.

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    1. Merci beaucoup pour votre retour si enthousiaste et profond ! Je partage entièrement votre regard sur ce film de Salles, qui mêle à la fois une intimité bouleversante et une portée universelle rare. La justesse de Fernanda Torres, doublée de la présence émouvante de Fernanda Montenegro, apporte une dimension unique à ce récit hors du temps. C’est toujours un plaisir de rencontrer d’autres passionnés qui ressentent cette puissance émotionnelle et historique. Hâte de continuer à échanger autour de films aussi forts ! 🙂

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