Parthenope
Vu
11 février 2025 – À domicile
Année
2024
Réalisation
Paolo Sorrentino
Production
A24
Casting
C.Dalla Porta, G.Oldman, S.Orlando, D.Rienzo, D.Aita
Beauté hypnotique et mirage napolitain
La figure mythologique de Parthénope, sirène abandonnée dont le corps aurait donné naissance à Naples, se mue sous la direction de Paolo Sorrentino en une jeune femme dont la beauté hypnotique semble façonner son existence. Parthenope, dixième long-métrage du cinéaste italien, déroule une fresque où la sensualité de l’image se mêle à une réflexion sur la fuite du temps et le poids des apparences. Naples, omniprésente, se présente ici sous les traits d’une femme aussi insaisissable que magnétique, figuration à la fois de la ville et de la mémoire du réalisateur.
Au centre du récit, Parthénope, jeune fille issue d’un milieu aisé de la côte napolitaine, découvre le pouvoir que lui confère son apparence sur ceux qui l’entourent. Des hommes orbitent autour d’elle, fascinés, entre amour, désir et jalousie. Son frère, Raimondo, semble incapable de se détacher, tandis que des prétendants d’âges et d’horizons variés s’enchaînent, illustrant une féminité perpétuellement scrutée, objet d’un regard masculin insatiable. Mais que veut vraiment Parthénope ? Libre, elle refuse de se laisser enfermer dans un rôle prédéfini, oscillant entre les attentes projetées sur elle et une quête plus intime d’indépendance.

Sorrentino filme cette trajectoire avec une maîtrise visuelle indéniable, convoquant une esthétique baroque, où le réalisme se mêle au surréalisme. Un père Noël en string, un évêque grotesque et un John Cheever alcoolisé, interprété par Gary Oldman, peuplent un univers où la beauté n’est jamais dépourvue d’ironie. Chaque plan déploie une Naples vibrante, somptueuse et désabusée, où les échos du passé résonnent dans les gestes du présent. La ville, tout comme Parthénope, conserve une part d’insaisissable, entre splendeur et déclin.
Pourtant, cette splendeur visuelle semble parfois tourner à vide. En cherchant à capturer la beauté dans chaque instant, le film risque de s’y perdre lui-même, prisonnier de son propre raffinement. Contrairement à La grande bellezza, dont la vitalité contrastait avec la mélancolie de son protagoniste, Parthenope semble s’abandonner à une contemplation presque narcissique. L’absence de véritable élan dramatique empêche parfois l’attachement émotionnel, transformant cette fresque en un rêve esthétique où le fond peine à émerger sous l’ornementation.

Malgré cela, impossible de nier la présence fascinante de Celeste Dalla Porta, dont la Parthénope traverse le film avec une légèreté presque onirique. Son regard scrute le monde avec une intensité déconcertante, mais ses silences ne livrent que peu de clés sur sa véritable nature. Peut-être est-ce là toute l’idée du film: raconter une existence qui glisse entre les doigts, à l’image du temps qui file…
Sorrentino livre ici un poème cinématographique empreint de nostalgie, une ode à Naples où la ville et la femme se confondent dans un même mystère. Si le résultat semble parfois trop maniéré pour atteindre l’intensité espérée, il n’en reste pas moins une démonstration flamboyante de son talent visuel. Une sirène envoûte, mais son chant laisse aussi un goût d’insatisfaction, tant elle demeure hors de portée.

Si vous avez aimé : Call Me By Your Name (2017), The Dreamers (2003), The Unbearable Lightness of Being (1988), The Discreet Charm of the Bourgeoisie (1972), La Dolce Vita (1960)

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