His Three Daughters

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Entre non-dits et rancœurs – Quand l’attente devient un champ de bataille émotionnel

Dans le huis clos étouffant d’un appartement new-yorkais, His Three Daughters d’Azazel Jacobs orchestre la réunion de trois sœurs autour du lit de leur père mourant. Un drame familial qui explore la douleur du deuil, les tensions passées et l’ironie de l’attente, porté par les performances de Carrie Coon, Natasha Lyonne et Elizabeth Olsen.

L’appartement, cadre unique du film, devient un véritable personnage à part entière. Loin d’être figé, il est révélé sous des angles variés, donnant l’impression d’un espace en perpétuelle redécouverte. Chaque recoin respire la vie passée et les non-dits familiaux, offrant un naturel qui évite toute théâtralité artificielle. Ce décor confiné devient le théâtre d’un affrontement émotionnel où les rancœurs ressurgissent et les caractères se révèlent.

Katie (Coon), l’aînée, impose immédiatement sa présence avec un monologue incisif: « L’important, c’est d’être là pour lui. Nos propres problèmes peuvent attendre ! » Une déclaration d’intention qui peine à masquer une rigidité autoritaire. Rachel (Lyonne), la demi-sœur adoptée, habite l’appartement depuis des années et vit mal l’arrivée de ces sœurs autrefois distantes. Son ironie mordante et son besoin d’évasion – souvent sous forme de joints fumés sur le perron – traduisent un mal-être profond. Quant à Christina (Olsen), benjamine aux airs naïfs, elle oscille entre optimisme excessif et fragilité désarmante, convaincue que leur père perçoit encore leur présence.

Le film joue habilement avec l’attente. Chaque bip du moniteur cardiaque suspend le temps, chaque souffle du mourant devient une possible dernière expiration. Ce suspense du lit de mort, rarement exploité avec autant d’acuité, maintient une tension étrange, où l’impatience de l’inévitable côtoie la peur du vide à venir. Cette situation, à la fois tragique et absurde, donne naissance à des moments de comédie noire: un sursaut du moniteur provoque une brève excitation – « C’est l’heure ! » – aussitôt suivie d’une fausse alerte noyée dans un verre de vin levé en l’honneur du patriarche toujours vivant.

Si His Three Daughters brille par la justesse de ses dialogues et l’intensité de ses échanges, il n’échappe pas à quelques faiblesses. Certains personnages sont dessinés à gros traits, flirtant parfois avec la caricature. L’aînée autoritaire, la rebelle désabusée et la pacificatrice trop émotive se heurtent dans des affrontements souvent prévisibles. Le film aurait gagné à faire davantage confiance à la subtilité des silences et des regards, au lieu d’expliciter certaines émotions déjà palpables.

Un moment en particulier illustre cette tendance à la sur-explication: le monologue halluciné du père dans le dernier acte. Offrant au public une résolution que les filles n’entendent pas, il brise l’ambiguïté du deuil et réduit l’impact de l’absence. Or, la force du film réside précisément dans cette impression d’inachevé, dans ces adieux incomplets qui résonnent bien au-delà de l’écran. Dommage !

Malgré ces légères maladresses, His Three Daughters demeure un drame puissant, porté par une mise en scène inspirée et un trio d’actrices au sommet de leur art. Derrière les disputes et les blessures non refermées, le film capte avec une justesse troublante l’essence même de la perte: ce mélange de douleur, d’absurdité et d’inexorable passage du temps. Une immersion dans la complexité des liens familiaux, où la mort, loin d’unir, accentue les fractures avant d’offrir, peut-être, une forme de réparation silencieuse.

Scénario
3/5

Acting
4/5

Image
3/5

Son
3/5

Note globale
65%

Dans un appartement new-yorkais, trois sœurs veillent leur père mourant, ravivant tensions et souvenirs enfouis. Entre affrontements et instants de comédie noire, His Three Daughters capte avec finesse l’attente et l’absurdité du deuil. Malgré quelques traits appuyés et une tendance à expliciter les émotions, il séduit par l’intensité de son huis clos et l’interprétation magistrale de son trio d’actrices.

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